TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V
une si grande douceur, qu’il fallut les en retirer de force ; car elles y montraient trop de zèle et d’ardeur {. »
Mais une autre captivité d’un tout autre genre était réservée à notre petite Thèrèse, et une grande occasion allait lui être bientôt donnée de signaler son courage et sa foi.
Ses parents, qui habitaient sur les bords des grands lacs, dans le pays des Hurons, la réclamaient avec instance pour la marier, bien qu’elle n’eût encore que treize à quatorze ans.
Or on était arrivé au milieu de cette année 1642, marquée dans les annales canadiennes par des événements si douloureux et de si fâcheux augure. Les Iroquois, peuple cruel et féroce, et qu’on aurait dit vraiment voué au démon, rendus furieux par les progrès de la foi chez leurs voisins, les Hurons, avaient résolu de les anéantir, et surtout les Français qui leur préchaient l'Évangile. Le R. P. J. Lallemand, alors supérieur de la Mission huronne, voyant le péril qui menagçait sa chère Église, députa à Québec un des Pères missionnaires les plus intrépides, pour y demander du secours, Ce fut le séraphique Père Jogues.
Ce voyage était plein de périls; car les farouches Iroquois, bien plus nombreux que les Hurons, s'étaient répandus dans tout ce pays, et occupaient en plusieurs points déjà les bords du grand fleuve,
! Lettres historiques. Lettre XXV, page 362, 363.
qui était la communication la plus facile entre le centre de la Mission huronne et Québec.
Notre saint religieux, destiné à cueillir bientôt la palme du martyre, n’hésita pas un instant. Il arriva à Québec, après un heureux voyage, dans les premiers jours d'août, en compagnie de cinq Hurons très fidèles, dont trois étaient des plus considérables de la tribu et parents de notre jeune Thérèse. « Durant tout le séjour qu'ils firent à Québec avec le Père Jogues, ils étaient presque toujours ou dans notre chapelle ou à notre grille, raconte notre vénérée Mère. On eût dit, à voir la grande modestie de ces bons néophytes, qu'ils eussent été élevés dès leur enfance parmi des religieux. Ils nous firent des harangues si chrétiennes que nous en étions ravies. On ne peut imaginer les remerciements les plus humbles qu’ils nous adressaient pour les soins que nous avions donnés à leur parente, pendant les deux années qu'elle avait passées au séminaire. Ils regardaient comme un miracle de la voir lire et écrire, ce qu'ils n'avaient encore jamais vu parmi eux. Ils la voyaient adroite comme une Française. Ils l’entendaient parler en deux ou trois langues, et ils la considéraient déjà comme l'exemple de leur nation et la maîtresse des filles et des femmes huronnes. Nous les pourvûmes, ajoute notre Mère, de tout ce qui était nécessaire à son mariage, et puis il nous fallut la remettre entre les mains de ses parents qui étaient venus la chercher. Je ne sais en qui il y eut plus de douleur en cette occasion, en nous de la