‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V

perdre, ou en elle de nous quitter. Mais l’exhortation que lui fit le Père Jogues sur l’obéissance qu'elle devait à ses parents, la décida à nous dire adieu. On l'embarqua donc, et le Père Jogues, qui était à la tête de cette petite flotte de barques huronnes, la fit mettre, pour une plus grande sûreté, dans son canot, où il y avait trois Hurons!. »

La caravane était cette fois assez nombreuse. Elle se composait d’une vingtaine de Hurons avec quelques filles ou femmes, du R. P. Jogues et de deux Français qui avaient voulu accompagner ce bon Père par dévouement pour sa personne, mais surtout par un vif sentiment de zèle apostolique. Ils se nommaient René Goubpil et Guillaume Couture.

Les premières journées du voyage furent heureuses. La petite flottille remontait tranquillement le grand fleuve. Mais, quand on fut arrivé à une cinquantaine de kilomètres au delà du village des Trois-Rivières, les féroces Iroquois, armés d’arquebuses, cachés en nombre considérable dans les joncs qui en cet endroit bordaient le fleuve, fondirent tout à coup, avec une effroyable impétuosité, sur le Père Jogues et son escorte.

Au bout d’un moment de résistance désespérée de la part des Hurons, trop faibles en nombre, les sauvages agresseurs se rendirent maîtres de leurs personnes et de tous les canots. Le R. P. Jogues fut leur plus précieuse conquête, victime innocente vouée

1 Lettres historiques. Lettre XXV, p. 363, 364.

au sacrifice, sur laquelle ils se promirent bien d’assouvir à leur aise leur infernale cruauté. Thérèse fut emmenée, elle aussi, en captivité avec tous ses autres compagnons. Cependant ces affreux barbares ne lui firent aucun mal, pendant les trois ans qu'elle demeura en leur possession; mais elle fut témoin des horribles supplices infligés au Père Jogues, et dont la pensée fait frémir.

C'est ici que commence, pour le glorieux martyr, la voie douloureuse dans laquelle nous ne pouvons le suivre que les larmes aux yeux.

Après l'avoir dépouillé de ses vêtements, ses bourreaux le jettent au fond d'un canot et l’accablent de coups de bâton et de massue. Ils mordent affreusement ses mains et ses pieds, lui arrachent tous les ongles avec leurs dents et lui mâchent les deux index. La victime demeure longtemps privée de sentiment et presque de vie; mais ce n’est là que le commencement de ses douleurs.

On se met en route. Quand on allait par eau, lié au fond d’un canot, ces êtres dénaturés s’amusaient, pour charmer les ennuis du voyage, à le piquer profondément avec de longues épines, des alènes ou des éclats de bois. Quand on allait par terre, ils le chargeaient de lourds fardeaux , comme une bête de somme. Exposé la nuit à d'innombrables nuées d'insectes, attaché à un piquet, il n'avait souvent pendant le jour, pour toute nourriture, que quelques baies sauvages.

Le lugubre convoi ayant rencontré un jour, dans

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