‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V

sa marche, une troupe de guerriers iroquois qui se rendaient sur les bords du fleuve, les pauvres et malheureux prisonniers et le Père Jogues surtout furent le jouet de leur horrible cruauté. Le martyr, de nouveau roué de coups, fut porté à moitié mort sur un amas d’écorces d'arbres, où ils lui brülèrent un doigt et lui en broyèrent un autre avec les dents.

Enfin, le 14 août, on arriva au premier bourg iroquois de ces régions. Hélas ! c'était le terme de

la voie douloureuse, mais ce n'était pas celui des

supplices. La plume nous tombe ici des mains. Elle é se refuse à décrire ces horribles scènes que la rage “ des démons peut seule produire. Attachées à des “ pieux établis sur une sorte de théâtre au-dessus de it la foule, afin d'être mieux exposées aux regards de : tous , les innocentes victimes voient tourbillonner * autour d’elles de nombreux sauvages, couteau en La main, qui arrachent en dansant et en poussant des

cris de joie féroce, qui un doigt, qui un lambeau de 6 chair.

4 La nuit vient ; les bourreaux, par lassitude, s’arrêtent un peu, mais c’est pour mieux recommencer le lendemain encore. Traïné de village en village, le

“a Père Jogues et quelques-uns de ses compagnons, les

té deux Français surtout qui l'avaient accompagné,

o$ - sont pendant plusieurs mois laissés seuls, nuit et

ni jour, au milieu des bois, exposés presque sans vête- Le ments à toutes les rigueurs de l'hiver qui était venu. \

Un jour, un des deux héroïques compagnons du

né Père Jogues, René Goupil, ayant fait le signe de la

croix sur le front d’un enfant, fut assommé d’un coup de hache, tandis que l’autre était relégué dans un autre village et entièrement séparé du fervent missionnaire,

Ce glorieux martyr, demeuré seul au milieu de ces loups dévorants, ne cessait d'offrir à Dieu ses larmes, ses souffrances et ses prières pour la conversion de ses bourreaux. « Que de fois, racontait-il lui-même après son évasion, dont nous parlerons tout à l’heure, que de fois nous nous sommes assis sur les bords des fleuves de Babylone et nous avons versé des larmes au souvenir de Sion, non seulement de la Sion triomphante dans les cieux, mais de celle qui glorifie Dieu sur la terre! Que de fois, bien que sur une terre étrangère, nous avons chanté le cantique du Seigneur, et nous avons fait retentir les forêts et les montagnes des louanges de leur auteur, qu'elles n'avaient pas entendues depuis leur création ! Que de fois j'ai gravé le Nom de Jésus sur les arbres. élevés des forêts, afin que les démons qui tremblent en l’entendant prononcer, prissent la fuite en le voyant! Que de fois, en découpant l'écorce, j'ai tracé sur les arbres la très sainte Croix de mon Dieu, pour faire fuir ses ennemis, et que par elle, à mon Seigneur et mon Roi, vous régnassiez au milieu des ennemis de la croix, les hérétiques et les païens, habitants de ces contrées, et sur les démons qui y dominent au loin!!»

t L'abbé Casgrain. Introduction, p. 38.

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