TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IIl
pouvoir passer outre ; mais un bâton lui fut rompu sur le bras. Il eût bien voulu qu'on lui eût ôté la vie pour Jésus-Christ; mais Dieu, qui veut se servir de lui, le réserve à autre chose !, »
Et dans une autre lettre écrite à une supérieure de la Visitation de Tours : « Quoique la persécution ait été grande chez les Hurons, on n’a pas laissé d’y baptiser plus de douze cents personnes; et quant aux sauvages de ces quartiers-ci, ceux qui ne sont pas baptisés ont honte de paraître en public. C’est une chose ravissante de voir tous nos révérends Pères prodiguer leur vie pour attirer tous ces peuples au troupeau de Jésus-Christ. C'est à qui ira aux lieux les plus éloignés et les plus dangereux, où il n'y a aucun secours humin. Les souhaits qu’on leur fait ici les uns pour les autres sont: « Allez, nous sommes «ravis que vous alliez dans un lieu d’abandonne- « ment. Oh! plût à Dieu qu’on vous fendiît la tête « d’un coup de hache! » Mais eux répondent: « Ce «n'est point assez, il faut être écorché et brûlé, et « souffrir tout ce que la férocité des plus barbares « peut inventer de plus cruel. Nous souffrirons tout « cela de bon cœur pour l'amour de Dieu et pour le « salut des sauvages. — Si cela arrive, leur dit-on, «nous en chanterons le Te Deum. » Je disais au Père Ragueneau, à qui on avait rompu un gros bâton sur le bras: « Hé bien! mon Père, cela n'est-il pas « bon, et n’êtes-vous pas bien aise d’avoir été si bien
4 Lettre à un de ses parents, du 4 septembre 1640,
« traité? — Hélas! me dit-il, j'eusse bien voulu qu’on « en fût venu plus avant. » Voilà ses sentiments, qui sont des sentiments de véritable apôtre, et tout le monde envie ici le bonheur qui lui est arrivé. Il en a été presque de même du R. P. Chaumonot qui, voyant qu'on levait la main sur son compagnon, s'écria : « Il faut que je sois de la partie, » Il entra aussitôt hardiment, mais Dieu les sauva tous les deux pour cette fois. »
Ces généreux apôtres de Jésus-Christ savaient inspirer à leur fille spirituelle toutes les ardeurs pour le martyre dont ils étaient eux-mêmes animés, Son plus ardent désir eût été d'aller, à leur suite, chez les Hurons, pour partager leurs souffrances et participer à leurs sacrifices. Ne pouvant le faire, elle les suivait du moins d’esprit et de cœur dans leurs courses apostoliques ; et de même que tous ses désirs et tous ses rêves étaient pour le Canada avant qu’elle n’eût quitté la France, de même maintenant toutes ses aspirations étaient pour le martyre. Ces sentiments éclatent dans une lettre qu’elle adresseit à son fils, en cette même année 1641, Ce cher enfant, dont son cœur maternel ne pouvait se séparer, et dont on voudra bien nous permettre de rappeler ici le souvenir, n’était pas encore martyr, il est vrai; mais il était du moins, grâce aux prières de sa sainte mère, sur le chemin de la perfection chrétienne, dont il ne se détournera plus désormais.
Cette heureuse nouvelle avait été la grande joie de