TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V b
Cependant ce généreux confesseur de la foi trouvait encore le moyen d'annoncer la bonne nouvelle de l'Évangile à quelques âmes moins cruelles et moins adonnées au démon que les autres, Il en baptisa, en secret, dit-on, une soixantaine, qui devinrent le premier noyau de l'Église chez les
: Iroquois. Mais une de ses plus grandes consola-
; tions au milieu de ses tourments fut notre jeune ; Thérèse. Un des oncles de cette digne élève des $ | Ursulines, traîné en captivité avec elle et toute la 8 caravane dirigée par le Père Jogues, étant parvenu [a à s'évader, après un an de séjour chez les Iroquois, ui apporta à Québec les nouvelles les plus consolantes 1” sur sa jeune nièce. Sa première visite fut pour les ue Ursulines qui l'avaient si bien accueilli l’année pré- {ts cédente, Nous laissons à penser avec quel empressees ; ment on se groupa autour de lui, pour avoir des ue nouvelles des malheureux captifs.
es. « Thérèse, disait-il, n’a point de honte de son nt baptême; elle prie Dieu publiquement, elle se conle fesse souvent au Père Jogues, et elle m'obéissait en acé tout. Je l'exhortais souvent à bien faire et à ne point eu, perdre courage. Je vous remercie, mes Mères, ajouon tait le pauvre homme, des bonnes instructions que des. vous lui avez données. Elle ne les oubliera point ; 8, elle sait tout ce que vous enseignez. Thérèse parle Y au Père Jogues toutes les fois qu’elle peut le voir ;
mais cela n'empêche pas qu'elle ne soit grandement triste de se voir au milieu de nos plus cruels ennemis. Elle a bien souffert du froid durant l'hiver, et
elle a été fort malade ; mais Dieu lui a rendu la
santé. Je lui disais souvent : « Aie courage, cette \ « vie est courte ; tes travaux prendront fin, et tu 18 « seras heureuse au ciel, si tu persévères. » Elle n’a le point de chapelet pour prier, mais elle se sert de d
ses doigts ou de petites pierres, qu’elle laisse tomber à chaque Ave Maria qu'elle dit. Thérèse parlait souvent de vous, mes Mères. « Hélas ! disait-elle, « si les filles vierges me voyaient en cet état parmi
« ces méchants Iroquois, qui ne connaissent pas « Dieu, oh ! comme elles auraient pitié de moit! » |} Quelle n’était pas la joie de notre Mère de l’Incarnation et de toutes les religieuses, en entendant un tel témoignage sur la conduite de leur jeune élève! Elles eussent voulu la couvrir de leurs saintes caresses, mais du moins elles ne cessaient de prier
pour sa persévérance et de s'intéresser à son sort. Les Iroquois, ayant été battus dans une rencontre
avec les soldats français de la colonie, vers l’année 1645, furent obligés de demander la paix et d’accepter les conditions que M. de Montmagny, gouverneur de Québec, leur imposa. La Mère de l’Incarnation et de M”° de la Peltrie obtinrent que parmi ces conditions se trouvât la reddition de Thérèse. C’est ainsi que notre jeune captive recou- dela vra la liberté, après avoir vaillamment rendu témoignage à Jésus-Christ au sein d’un peuple idolâtre, féroce et cruel. Glorieux exemple, noble leçon
1 Les Ursulines de Québec, tome Ier, p. 50.