TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE V b
Jésus-Christ : Zndignum esse Christi martyrem, Christi non bibere sanguinem. » Et ïl accorda la permission demandée.
Le séjour en France du Père Jogues ne fut que de quelques mois à peine. Enivré de la folie de la Croix, ce sublime missionnaire ne soupirait que vers son cher Canada et vers le jour béni où il pourrait consommer son sacrifice. Il repartit donc pour Québec au printemps de l’année 1644.
La vénérable Mère de l'Incarnation écrivait peu de temps après son retour : « Le révérend Père Jogues est revenu comme un vrai martyr qui porte en son corps les livrées de Jésus-Christ. Il devait être brûlé à son arrivée dans le village des Iroquois, si les Hollandais, qui en furent avertis, ne l’eussent enlevé secrètement. Il m'a raconté les conduites de Dieu sur lui pendant sa captivité. Il y a des milliers de martyrs qui sont morts à moindres frais !, »
Pendant son séjour à Québec, il fit deux voyages chez les Iroquois en qualité de représentant et d’ambassadeur de M. de Montmagny; car la paix conclue par ces sauvages en 1645 durait encore. Mais, avant de partir pour un troisième voyage, il eut le pressentiment de sa mort prochaine. « Zbo et non redibo, j'r&i et ; ne reviendrai pas, dit-il ; mais je serais b areux si Notre-Seigneur voulait achever le sacrilice où il 1 commencé, et que le peu de sang que j'ai répandu sur cette terre fût comme les arrhes de
1 Letires historiques. Lettre XXXI, p. 383,
celui que je donnerai de toutes les veines de mon corps et de mon cœur!. »
A peine arrivé chez les Iroquois, il fut, en effet, dépouillé de nouveau -de ses vêtements, accablé de coups et bientôt après assommé à coups de hache à l'entrée d'une cabane. Son sacrifice fut accompli le 18 octobre 1646.
Le martyre du Père Jogues attira les grâces du ciel, comme une rosée abondante, sur toute la nation huronne ; mais elle ne fit qu'exciter, au contraire, la rage et la fureur des Iroquois. Plus que jamais la guerre est allumée entre les deux peuples sauvages, dont l’un ouvre son cœur à l'Évangile et l’autre lui résiste avec une infernale opiniâtreté. D'autres couronnes se prépareut au ciel pour de nouveaux martyrs et pour la jeune Église hrronne elle-même, qui va bientôt méler son sang aux eaux du baptême dans lesquelles elle vient à peine d’être régénérée.
Mais, avant de poursuivre le récit de ces sanglantes persécutions, revenons à notre chère communauté.
1 L'abbé Casgrain. Introduction, p. 39, 40.
Le circo était