TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
grâces, qui fut chantée parles religieuses et les enfants, | tandis que le pieux cortège se rendait directement à la chapelle. La sainte messe y fut célébrée par le , R. P. Gabriel Lallemand, cet aimable et ardent apôtre qui devait bientôt généreusement verser son sang pour Jésus-Christ. Pendant le saint sacrifice, les petites filles sauvages, dirigées et soutenues par la Mère Marie de l’Incarnation, chantèrent de pieux
r cantiques dans leur langue maternelle, Toutes les reli- : gieuses firent ensuite la sainte communion. Leur s nombre était encore petit, il est vrai; mais à cause de “ leur ferveur on aurait pu les comparer, ce nous semble, à ces fondements placés à la base de 1a Jérusalem céleste, dont il est parlé au livre de l’Apo- 1, calypse !, et sur lesquels sont écrits les noms des ce douze apôtres ; car dans leur âme on retrouvait aussi re sinon le nom des apôtres, du moins l'image des le vertus qu’ils ont pratiquées.
re Ces vénérées Mères voulurent inaugurer leur habii tation dans le monastère par la pénitence. Dès la t veille du jour où elles y firent leur première entrée solennelle, elles avaient pratiqué un jeûne austère le qui ne fut interrompu que le lendemain de leur prise h de possession. Du reste, on était à la fin du mois de u novembre, c’est-à-dire déjà au cœur de l'hiver, et la sa saison rigoureuse commençait à leur apporter un | il le autre genre de souffrance. Chose vraiment extraordi- |:
naire, étant donnée la rigueur du froid en ce pays,
1 Apoc., xx1, 14.
elles n’adoptèrent l’usage des poëles que longtemps après leur établissement au Canada. Le premier instrument de chauffage de ce genre qui fut en usage dans le dortoir du monastère n’y fut introduit qu'à l’occasion de l'entrée au noviciat de Mie Madeleine de Lauzon, en l’année 1668, sur la demande de la famille de Lauzon, et d'après l’ordre formel des supérieurs. Mais jusqu’à cette époque elles s'étaient contentées, pour ne point périr de froid, de s’enfermer la nuit dans des espèces de coffres. « Nos couchettes sont de bois, dit notre vénérée Mère, et, quoiqu'elles soient doublées de couvertes ou de serge, à peine s’y peut-on réchauffer, » Durant le jour, on ne se servait au monastère que de cheminées ordinaires. Mais la consommation du bois, tant pour la cuisine que pour le chauffage, ne s'élevait pas au delà de « cent soixante-quinze cordes de gros bois ». C’est encore la Mère Marie de l’Incarnation qui nous donne ces petits détails.
C'était bien peu dans un pays si froid, pour suffire aux besoins non seulement des religieuses, mais encore et surtout des enfants. Quelque rude d’ailleurs que fût la saison, nos vaillantes Ursulines ne se relächaient point de leurs pieuses observances. L'office
du chœur ne fut jamais supprimé. Leur chapelle
cependant n'était ni plus commode ni moins froide que le reste de la maison, bien qu'elle fût située à l'extrémité du bâtiment, du côté du midi. Elle mesu-
1 Lettres spirituelles. Lettre XXXI, à son fils, p. 384.