TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VI 6i
rait dix-sept pieds de largeur sur autant de longueur, ce qui était la mesure de la largeur entière de tout le bâtiment. « Vous pensez que tout cela est petit, dit la Mère de l’Incarnation; mais le trop grand froid ne permet pas qu'on fasse des lieux plus vastes. Il y a des temps auxquels les prêtres sont en danger d’avoir les doigts et les oreilles gelés!. »
Que de fois, dans cette première chapelle, les révérends Pères Jésuites, qui furent en ces temps héroïques de la colonisation du Canada les apôtres et les glorieux martyrs de Jésus-Christ, n’ont-ils pas célébré les saints mystères! Citons seulement ici les RR. PP. Daniel, G. Lallemand, Garnier, de Brebœuf. Pendant la messe, la Mère de l’Incarnation et la Mère de Saint-Joseph, entourées et aidées par leurs enfants sauvages ou françaises, chantaient ordinairement en langue huronne ‘un cantique de mission. On entendait la voix forte et sonore de la première, qui dominait, sans l’étouffer cependant, la voix douce et mélodieuse de la seconde, et toutes ces petites voix enfantines; et toutes ensemble répétaient : « Allez, allez, nous sommes ravies que vous alliez dans un lieu d’abandonnement. Oh ! plût à Dieu qu'on vous fende la tête d’un coup de hache! » :
Fuis venait le refrain: « Ce n’est pas assez, il faut être écorché, et brülé, et souffrir tout ce que peut inventer la férocité des barbares, et tout cela de bon cœur, pour l’amour de Dieu et le salut des sauvages. »
1 Lettres spirituelles. Lettre à son fils, p. 384.
Le service religieux de la maison était cependant déjà organisé, en dehors et indépendamment du concours des Pères Jésuites, Dès le 12 août 1641, était arrivé à Québec M. l'abbé Faulx, qui fut le premier aumônier du monastère et le premier prêtre séculier de la mission. Les anciennes chroniques disent qu'on ne lui donnait pour son traitement que 90 Ib avec sa nourriture. Il prenait ses repas au parloir des religieuses et logeait chez les révérerds Pères Jésuites. Obligé, au bout de deux ans, de retourner en France, sa santé ne pouvant supporter la rigueur du climat, il fut remplacé, en 1643, par M. l'abbé René Chartrier, prieur de la Monnaye, qui se dévoua pendant cinq ans, avec beaucoup de piété et de zèle, au succès de la mission; mais au bout de ce temps il voulut, lui aussi, revoir la France. M. l’abbé Vignal, de la congrégation de Saint-Sulpice, qui fut le bienfaiteur insigne de la communauté et que nous verrons, après maintes vicissitudes, mourir victime de son zèle sous le fer des barbares, lui succéda en 1648.
Cependant Dieu, qui mêle toujours certaines joies aux tristesses de ce monde pour la consolation de ses serviteurs fidèles, ne voulut pas laisser s’écouler cette année 1643, sans réjouir le cœur de nos généreuses Ursulines encore attristées par le départ de celle qu’elles considéraient comme la fondatrice de leur monastère et leur seconde Mère. Après dix-huit mois d'absence, M°° de la Peltrie