TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
dans son âme, qui est assurément une âme d'élite et précieuse à Dieu.
« Cependant je vois par votre lettre que vous. avez un grand désir de savoir quelque chose de ses vertus. Elle vous écrivit, l’an passé, bien au long toute sa vie et toutes les grâces extraordinaires que Notre-Seigneur lui a faites ; et après avoir vu tant de merveilles et de grâces si éminentes, que voulez-vous que je vous en dise? Je puis vous assurer que vous savez plus que moi en une manière, mais dans une autre je crois en savoir plus que vous. Je veux parler de ces vertus de la vie commune et régulière qui sont fondées sur les exemples de notre bon Sauveur ; c’est surtout ce que je prise dans notre chère Mère, puisqu'elle s'y rend si fidèle. Puisque vous le désirez, je vous en dirai quelque chose par avance pour votre consolation.
« La Mère de l'Incarnation a un grand amour pour les personnes qui lui font du déplaisir, elle leur rend beaucoup de services, elle les supporte avec amour et charité. Elle vit dans un grand détachement de tout ce qui n’est point Dieu, et dans un grand abandon à sa Providence en tous les accidents et les difficultés qui lui arrivent en ce bout du monde. Vous la voyez toujours dans une soumission, dans une paix et dans une tranquillité de cœur inébranlable. Elle est toujours aussi dans une présence de Dieu continuelle, et son recueillement intérieur est si admirable que ni les grandes affaires ni les
tracas qui se rencontrent d'ordinaire en ce nouveau T pays ne peuvent la distraire. Que voulez-vous davan- r tage? Si j'avais la dixième partie de ses vertus, ah! n que je m'’estimerais heureuse ! Surtout, je le répète, p elle est admirable dans l’amour qu'elle porte à ses ennemis, n'ayant que de la douceur et de la bien- d veillance pour ceux qui lui font de la peine ou du n déplaisir. d € Priez Notre-Seigneur qu'il me donne une D semblable vertu; aimez-le pour moi, adorez-le sc pour moi, bénissez-le pour moi, louez-le pour li moi qui suis votre toute dévouée dans le cœur de qu Jésus. de « MADELEINE DE CHAUVIGNY DE LA PELTRIE. » va se l'é A son retour à Québec, M"° de la Peltrie ne trou- me vait pas seulement ses chères Ursulines logées dans un un vaste monastère bien différent de la petite rési- «l dence de la basse ville, où elle les avait quittées, elle qu les revoyait aussi plus nombreuses. Durant l'été de d'a 1643, les Ursulines de Ploërmel avaient envoyé au prè Canada un de leurs meilleurs sujets, la Mère Anne rele du Lézenet des Séraphins, qui avait fait le voyage pell en compagnie de deux sœurs hospitalières et du l’au second aumônier, M. l’abbé René Chartrier, prieur uns de la Monnaye. sam Cette religieuse fit preuve d’un grand zèle pendant ce
les douze années qu'elle passa au Canada. Malheu-