‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

« Nous ne craignons pas qu'on nous reproche de nous être arrêté trop longtemps devant cette douloureuse peinture. Le regard de l'historien ne se détache qu’à regret de ces scènes à la fois déchirantes et radieuses, surtout de cette majestueuse figure du Père de Brébeuf, qui rayonne d’une grandeur sans rivale, debout sur les cendres fumantes de la nation huronne. Il avait été le fondateur de cette petite Église, et il en fut le dernier apôtre ; après l'avoir tenue dans ses bras à son berceau, il l’ensevelit avec lui dans sa tombe. La mort du Père de Brébeuf, en effet, sembla creuser un abîme sous ses pas. Le vertige s'empara de la nation entière, saisie d':pouvante à la vue des cruautés inouïes des Iroquois. Elle se crut perdue. S’imaginant toujours voir derrière elle le fantôme implacable de son ennemi, elle se dispersa dans les bois, où la famine, la guerre, l'épidémie, s’acharnèrent à ses pas et décimèrent ses tristes débris.

« Ainsi fut anéantie cette petite chrétienté, enfantée avec tant de douleurs et de larmes, au moment même où elle croissait en grâce et donnait les plus belles espérances. Le Sauveur, au jour de sa visite, n'avait eu qu’une couronne d'épines à poser sur le front de sa nouvelle épouse. Mais la jeune néophyte s'était montrée digne de son bien- aimé ; agenouillée et soumise, elle l'avait reçue de ses mains en la baisant avec amour.

Elle gravit courageusement tous les degrés de la souffrance, cette autre échelle de Jacob qu'avaient

montée, les premiers, ses glorieux missionnaires.

« Aussi, lorsqu'ils la déposèrent, toute meurtrie et sanglante, au pied du trône de Dieu, sa couronne d’épines avait fleuri sur son front et était devenue la couronne de roses des martyrs !. »

De telles pages sont trop glorieuses pour l'Église et trop édifiantes pour être passées sous silence. Puissent-elles contribuer à hâter le jour où l’Église reconnaissante fera briller l'auréole des saints sur le front des apôtres qui ont versé leur sang pour Jésus-Christ sur la terre du Canada !

Dans l’automne de cette même année 1649, le R. P. Garnier fut percé de balles et assommé par les Iroquois. Le lendemain de sa mort, le R. P. Chabanel tomba, lui aussi, sous les coups d’un Huron apostat.

Déjà, plusieurs années auparavant, les Pères jésuites avaient perdu, dans les rudes labeurs de leur apostolat, les RR. PP. de Nouë et Ménard. Le premier était mort de froid en 1645, en allant des Trois-Rivières au fort Richelieu ; le second s'était égaré, ayant quitté l’Ontaounais pour rejoindre une colonie de Hurons qui avaient fui jusqu'au Mississipi.

La vénérable Mère de l’Incarnation ressentait plus que tout autre le contre-coup de toutes ces épreuves, à cause des liens de reconnaissance qui l’unissaient

1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère de i'incarnativn. Introduction,

Page 1