‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 52 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

aux révérends Pères jésuites. Mais quels n'étaient point aussi ses élans d'enthousiasme et d’admiration en présence de tant d’héroïsme et de sainteté!

« Je ne crois pas, écrivait-elle, que la terre porte des hommes plus dégagés de la créature que les Pères de cette mission. On n’y remarque aucun sentiment de la nature ; ils ne cherchent qu’à souffrir pour Jésus-Christ et à lui gagner des âmes. »

Voici particulièrement sur les RR. PP. de Brébeuf et Gabriel Lallemand, dont on se partageait pieusement et en secret les précieuses reliques, quelques détails que l’histoire est heureuse de recueillir :

« LeR. P. de Brébeuf, premier apôtre des Hurons, avait eu plusieurs visions touchant ce qui lui est arrivé à sa mort et à celle de ses compagnons, et de ce qui devait arriver à l'Église. On a trouvé tout cela dans ses écrits. Notre-Seigneur lui avait fait voir sa face toute défigurée, comme elle l’a été depuis au rapport de plus de cent témoins. Il avait encore vu ses mains impassibles dans la même vision ; et il est arrivé que son corps ayant été mutilé de toutes parts, ses os décharnés, sa chair mangée, lui encore vivant , il ne s’est pas trouvé la moindre fracture à ses mains, contre l'ordinaire de ces barbares, qui, voulant tourmenter un homme, commencent à couper les doigts et arracher les ongles, ce qu’ils font, disentils, pour caresser les patients; en sorte qu’on ne put le reconnaître qu'à ses précieuses mains. Notre-Seigneur lui ayant révélé son martyre trois jours avant

qu'il arrivât, il alla tout joyeux trouver les autres Pères, qui, le voyant dans une gaieté extraordinaire, le firent saigner par un mouvement de Dieu; ensuite de quoi, le chirurgien fit sécher son sang par un pressentiment de ce qui devait arriver, et de crainte qu'on ne lui fit comme au R. P. Daniel, qui, huit mois auparavant, avait été tellement réduit en cendres, qu'on n’avait pu retrouver aucuns restes de son corps.

« Il y a bien d'autres merveilles que nous avons apprises de ceux qui en ont été les témoins occulaires, Depuis deux jours, quelques captifs, qui se sont sauvés des mains de l'ennemi, nous ont rapporté que ces barbares coupèrent de rage la bouche du R. P. de Brébeuf, parce qu'il ne cessait de précher et de prier Dieu, encore qu’ils l’eussent tout décharné et mangé ; et comme ils sont adroits à écorcher les hommes aussi bien que les bêtes, ils lui avaient laissé les veines et les artères entières sur les os, afin d'allonger ses tourments et qu'il ne mourût pas sitôt. C'est vraiment pour Dieu et en haine de la foi que ces hommes apostoliques ont souffert de si horribles tourments. Ce sont les effets du présent de l'esprit de Jésus-Christ. La relation vous les fera voir comme des miracles de patience. Pour moi, je ne suis qu’une poussière indigne d’une si sainte mort ; priez Dieu qu'il me fasse miséricorde !. »

1 Lettres historiques. Lettre XXXIX, p. 444, 445.

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