TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE Vi
Elle eut pour premier précepteur le Père Bressani, naguère captif chez les Iroquois et délivré miraculeusement après avoir été torturé par le fer et le feu. Le saint martyr venait chaque jour s'asseoir près de la grille du monastère, et lui enseignait, avec une patience admirable, les rudiments de l’idiome barbare, lui en traçant les règles de ses doigts mutilés et encore sanglants. Quel spectacle : d’un côté, un martyr; de l’autre, un archange! Étonnante subli-
| mité de notre histoire ! à chaque page, on rencontre
un miracle d'héroïisme ou de sainteté.
L « Cependant la douloureuse sympathie qu'avaient réveillée la destruction de la nation huronne et la vue de sa sanglante épave était mêlée d’un profond
, sentiment d'inquiétude. Jamais l’avenir de la colonie | y n'avait paru enveloppé de nuages si sombres. La 4} Le population européenne, à la veille d’être assaillie de À # tous côtés, ne dépassait guère mille âmes. Québec, L às fondé depuis quarante-deux ans, renfermait tout au f
L plus une trentaine de maisons, dispersées sur le | sommet et autour du promontoire que protégeaient 114
La les canons du fort Saint-Louis. La résidence du * gouverneur?, l’église paroissiale, la demeure des e Jésuites, le monastère des Ursulines, celui des Hos-
e pitalières, dans la haute ville ; le magasin de la e compagnie des Cent-Associés, dans la basse ville,
$ tels étaient les seuls édifices d'importance à Québec.
1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère de l’Incarnation, p. 367, 61 368.
3 C'était alors M. d’Ailleboust,
Quelques groupes de maisons s’élevaient çà et là dans le voisinage, le long de la côte de Beaupré, à l'île d'Orléans, à Sillery. Autour des forts de Montréal et de Trois-Rivières, on commençait de rares défrichements. Le reste du pays n'était qu’une immense forêt hantée par les farouches Iroquois.
« Depuis qu'ils avaient jeté aux quatre vents les membres de la nation huronne, l'audace de ces barbares n'avait plus connu de bornes. Alléchés par l'odeur du sang, ils avaient suivi leur proie, espérant envelopper dans la même extermination toute la race européenne. Ils apparaissaient partout à la fois, à Montréal, aux Trois-Rivières, à Québec, à l’île d'Orléans, à Tadoussac, rôdant par petites bandes, interceptant les convois de marchandises et de fourrures sur les rivières, brûlant, massacrant tout sur leur passage!. Favorisés par la nature du sol, dont les forêts leur offraient un asile inattaquable, ils se glissaient sans être vus, aux approches des habitations ; là, tapis derrière un arbre, dans un pli du terrain ou parmi les joncs du rivage, ils épiaient tout le jour, avec cette patience caractéristique du sauvage, le passage de quelque blanc. La nuit venue ,ilsrampaient comme des serpents autour des maisons, cherchant à surprendre quelque fami'le éparse et sans défense. Malheur au colon attardé le soir sur la lisière du bois, ou courbé sans défiance sur son champ, ou bien côtoyant de
1 M. l'abbé Ferland, Notes sur’les registres de Québec.
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