TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
Bien qu’elle ne fût pas à ce moment supérieure, notre vénérée Mère fut immédiatement chargée de cette reconstruction du monastère, « J'avais un instinct intérieur, écrivait-elle plus tard, que toute cette charge me tomberait sur le dos. » La vaillante Mère ne s'était pas trompée. Qui donc aurait pu mieux qu'elle se charger d’une pareille entreprise ? Et d’ailleurs, le succès presque miraculeux de la première construction ne pouvait-il pas faire bien augurer de la seconde ?
Du reste, le temps marqué par les Constitutions de l’ordre pour l'élection d'une nouvelle supérieure n'était pas éloigné; et le 12 juin de cette même année 1651, la Mère Saint-Athanase remit avec joie le fardeau de la supériorité entre les mains de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, élue une seconde fois supérieure.
Quelque lourde et difficile que fût la tâche qui lui était imposée, elle n'était pas cependant au-dessus de son courage. Elle demanda seulement qu’on lui adjoignit le Père Lemercier, jésuite, pour l’assister de ses conseils dans cette laborieuse entreprise, ce qui lui fut accordé. Aussitôt elle se mit à l’œuvre.
Dès les premiers jours, on la vit aller au chantier travailler elle-même de ses propres mains au déblaiement des ruines de l'ancien monastère. Cet exemple provoqua un entraînement général. Chacun voulut apporter sa pierre et concourir à la réédification du bâtiment, depuis les plus riches habitants du pays jusqu'aux plus pauvres, comme autrefois à
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Jérusalem, au retour de la captivité de Babylone, lorsque femmes et enfants, riches et pauvres, grands et petits travaillaient ensemble à relever les murs de la cité sainte. Admirable exemple de charité au sein d’un peuple vraiment chrétien !
Aussi les murs du nouveau monastère s’élevaientils comme par miracle, Le 19 mai 1651, M"° de la Peltrie en avait posé la première pierre; quatre mois après. le 30 septembre, notre vénérée Mère pouvait écrire : « Notre bâtiment est déjà au carré de la muraille; cn monte les cheminées, et dans huit jours on lèvera la charpente, » Puis elle ajoutait ces détails, qui ne manqueront pas d'intéresser : « Si les vaisseaux étaient arrivés de France, nous pourrions faire un effort, empruntant des ouvriers de no amis qui en amènent de France, et nous pourrions y loger dans quatre ou six mois ; mais, sans ce secours, nous n'y pourrons loger que l’année prochaine dans cette saison. C’est une chose étonnante combien les artisans et les manœuvres sont chers ici ; nous en avons à quarante-cinq et cinquante-cinq sous par jour. Les manœuvres ont trente sous par jour, avec leur nourriture. Notre accident étant arrivé inopinément, nous étions dépourvues de tous ces gens-là ; c'est ce qui fait qu'ils nous coûtent cher. Dans la nécessité, nous en faisons venir de France à un prix plus raisonnable ; on les loue pour trois ans, et de la sorte ils trouvent leur compte, et nous aussi, Maintenant il y a des jours où nous avons pour trente livres de journées d'hommes, sans parler de