‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 75 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IX

mière depuis trois ans. « Mais, disait-elle, les nuits .« se passaient doucement auprès d'elle, » tant sa patience était inaltérable.

« C'était un spectacle digne du ciel et des anges que celui dont était témoin, pendant ces nuits de veille silencieuse, l’humble cellule où gisait sur un misérable grabat, dans un des rayons accolés à la muraille, celle qui avait renoncé à tous les bonheurs de la vie, à sa famille, à sa patrie, à cette France incomparable du xvu° siècle qui n’a pas d'égale dans l’histoire, en un mot, à tous les prestiges du monde, de la noblesse et de la fortune, pour embrasser la pauvreté de Jésus-Christ, la folie de la croix.

« L'appartement n’était éclairé que par la flamme de la vaste cheminée qui seule réchauffait la maison. A la lueur fauve de l’âtre on apercevait, au chevet du lit, la Mère de l’Incarnation, attentive au moindre signe de sa chère patiente, lui prodiguant tous les soins que peuvent inspirer la tendresse d’une amie et la charité d’une sainte. Dans les intervalles de repos, assise près des chenets, elle charme les longues heures de la nu par quelque pieuse lecture dans la Vie de sainte Thérèse , ou, agenouillée sur le plancher nu, elle se livre à une de ces méditations extatiques qui lui étaient habituelles.

« Un peu en arrière, dans la pénombre, se dessine la frêle silhouette de M”° de la Peltrie, qui malgré sa fragile santé n’a pas voulu laisser à notre Mère seule le privilège des fatigues et des veilles auprès

de leur commune amie. De temps en temps, les deux veilleuses s’approchent sans bruit de la chère agonisante, et debout, immobiles, près de son lit, contemplent en silence ses traits amaigris, ses lèvres desséchées, sa figure enflammée par la fièvre, et écoutent avec anxiété sa respiration oppressée, entrecoupée d’une toux déchirante. Elles ne profèrent aucune parole, mais l'expression de leur figure ne révèle que trop leurs navrantes pensées. On lit sur chacun de leurs traits cette profonde pitié que les saints déversent avec d'autant plus d'amour sur autrui, qu'ils se la refusent tout entière à eux-mêmes. La jeune malade ne semble pas s’apercevoir de ce qui se passe autour d'elle. Les mains jointes sur la poitrine, elle paraît plongéé dans une douce extase: ses lèvres murmurent une prière ; et tandis que ses regards limpides, élevés vers le ciel, semblent déjà jouir de la vision béatifique, sa physionomie céleste, qu'illumine d’un pâle reflet la lueur vacillante de l’âtre, est empreinte d’une douce sérénité et d’une ravissante expression de bonheur.

« Une nuit, à la suite d'un de ces colloques intimes, elle parut un peu agitée, un léger nuage passa sur son front; elle fit signe à la Mère de l'Incarnation de s'approcher, et lui prenant les mains dans les siennes avec une expression d'’indicible tendresse: « Pardonnez-moi, ma chère amie, lui dit- « elle d’une voix pleine de larmes, oh! pardonnez- « moi les chagrins que je vous ai causés pen- « dant les premiers temps de notre séjour ici.

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