‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 76 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IX

« Je ne l’ai fait que par obéissance pour mes supé- « rieurs qui voulaient se servir de moi pour vous « éprouver. Vous savez quelle violence j'ai dû me « faire pour vous contrister ainsi. »

« La Mère de l'Incarnation, étouflée par son émotion, ne put lui répondre et lui témoigner son affection et sa reconnaissance qu'en la pressant contre son cœur, et en posant ses lèvres sur son front brûlant, qu’elle arrosa de ses larmes.

« Dès que la nouvelle de l’état désespéré de la Mère de Saint-Joseph se fut répandue, toute la population prit part à l’affliction des Ursulines. Le gouverneur, M. de Lauzon, dont la piété ne le cédait en rien à celle de ses prédécesseurs, se fit recommander à ses prières, et la conjura de se souvenir, lorsqu’elle serait devant Dieu, des grands besoins de la colonie.

« Les Hurons, établis depuis peu dans l’île d'Orléans, venaient chaque jour frapper à la porte du cloître, et s’informaient avec un touchant intérêt des progrès de sa maladie : « Tiens, Mère, disaient- « ils à la Mère de l’Incarnation en lui présentant « quelques pièces de gibier, donne ces oiseaux à « Marie la sainte fille, afin qu’elle mange et qu’elle « vive pour nous instruire encore. »

« Mais ni les vœux des bons sauvages, ni les prières des colons, ni les soins, ni les ardentes supplications de la Mère de l’Incarnation et de sa communauté ne devaient être exaucés. A trente-six ans, sœur Marie était mûre pour le ciel; son céleste

Époux voulait lui épargner le triste hiver de la vie, et la convier dès le printemps aux noces éternelles.

« Elle expira entre les bras de sa sainte et fidèlé amie, le 4 avril 1652, vers huit heures du soir, après vingt-quatre heures d’une paisible agonie. Elle fut douce envers la mort, comme elle l'avait été envers la vie; déjà son âme était entre les hras ‘es anges, quand on s’aperçut qu’elle avait cesse «€ ‘7, tant son dernier soupir avait été imperceplibic.

« L'asnonce de sa mort fut un deuil général pour toute la pupilatior irerçaise et sauvage. Mais les Hurons surtout pileurèrent, avec d’amers regrets, Marie la sainte fille, celle qui avait été si longtemps leur mère spirituelle. Ils lui firent un service solennel, le lendemain de sa mort, dans leur petite chapelle de l’île d'Orléans.

« Ses obsèques furent célébrées à Québec, avec une pompe qu'on n'avait pas encore vue dans ce pays. La nuit même de sa mort, ses restes précieux furent transportés dans le nouveau monastère, qui n'était pas encore habité, afin de les exposer à la vénération publique, et d’y faire ses funérailles. L’office funèbre fut célébré par le Père J. Lallemand, son directeur spirituel, en présence de toute la population française et sauvage de Québec et des environs, accourue pour rendre hommage à une mémoire si sainte et si chère.

« Ses restes mortels furent inhumés dans le jar-

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