‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 84 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X

blesse; car, s'ils voyaient les choses telles qu’elles sont, ils nous auraient bientôt tous égorgés, mais cette bonté infinie les retient de sa main toute-puissante, afin qu'ils ne nous nuisent point. On remarque trois ou quatre miracles de Dieu sur nous en tout ce qui s’est passé en ces dernières attaques ; je dis des miracles évidents, qui nous fortifient beaucoup et nous encouragent !. »

Cette paix conclue à ce moment avec les Iroquois dura trois ans. On en profita pour essayer d'amener ces affreux sauvages à des sentiments moins inhumains, et même de les gagner à Dieu. Les révérends Pères jésuites, qui étaient vraiment les héros et les pères de la colonie naissante, allèrent souvent au milieu d’eux, les attirèrent à Québec, les comblèrent de présents, leur prodiguèrent en un mot toutes les marques possibles de tendresse, de dévouement et d'affection. Pour leur prouver la sincérité de leurs témoignages d'amitié, le R. P. le Moine voulut aller avec plusieurs d’entre eux jusqu’au centre de leur pays. Il y fut reçu avec des transports de joie. On lui offrit des festins à la manière des sauvages. Plusieurs de ces derniers lui demandèrent à être baptisés; et ceux qui avaient si horriblement torturé les RR. PP. de Brébeuf, G. Lallemand et Garnier, lui remirent des livres de prières qui avaient appartenu à ces glorieux martyrs et qu'ils leur avaient enlevés au moment de leur supplice.

A Québec, on accueillait aussi avec toutes les

1 Lettres historiques. Lettre XLIX, p. 507.

marques possibles de bienveillance et de charité les ambassadeurs de ces barbares. Les Ursulines n'étaient pas les dernières, on le pense bien, à recevoir leurs visites, et à leur prodiguer des témoignages de leur bonté. A des jours bien sombres paraissaient devoir succéder enfin des jours tranquilles et sereins. Le monastère était rebâti; l'avenir, naguère si menaçant, semblait assuré, et les petites sauvages algonquines, huronnes et autres, un moment éloignées par la crainte de l’arrivée des Iroquois, revenaient en foule auprès de leurs chères maîtresses. « Nous avons de fort bonnes séminaristes, écrivait en 1654 notre vénérée Mère, que les ambassadeurs iroquois ont vues chaque fois qu’ils sont venus à Québec. Comme les sauvages aiment le chant, ils étaient ravis de les entendre si bien chanter à la française, et, pour marques de leur affection, ils leur rendaient la pareille par un autre chant à leur mode, mais qui n’était pas d’une mesure aussi réglée. Nous avons des Huronnes que les révérends Pères ont jugé à propos que nous élevassions à la française.

« Enfin la moisson va être grande, et j'estime qu’il nous faudra chercher des ouvriers. Aidez-moi à bénir la bonté de Dieu de ses grandes miséricordes sur nous, et de ce que non seulement il nous donne la paix, mais encore de ce que de nos plus grands ennemis il veut faire ses enfants, afin qu'ils partagent avec nous les biens d’un si bon Père. »

« Maintenant que la paix est faite, dit-elle ailleurs

1 Leltres historiques. Lettre L, p. 513.

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