TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X
nous avons beaucoup d'emplois, de sorte que si quelqu'une de nous venait à manquer, il nous faudrait par nécessité faire venir des sœurs de France, Quand je vous dis que nous nous relevons peu à peu, ce n’est pas que nous ne manquions de beaucoup
| de choses; mais cela n’est rien en comparaison de Fa , l'extrémité où nous nous sommes vues. La divine | à Providence est une bonne mère, quand on s'appuie | a plus sur elle que sur les forces humaines, qui sont ne le toujours faibles et inconstantes. Nous sommes char- | de gées d’un grand nombre de filles sauvages en notre | é- séminaire sur ce seul appui. L'on me fait quelque- l. es fois des questions à ce sujet, et on me demande si LL les j'ai fondation pour cela ; je réponds que nous avons ; les celle de la Providence. En effet, je m’y sens très | \ar- forte, et elle ne m’a encore jamais manqué. » ja ille L'année 1655 fut remarquable par le nombre de était sauvages qui vinrent à Québec, et qui amenaient | des leurs enfants au monastère pour les faire instruire. | pro En deux mois seulement on en compta une vingtaine.
L'examen des séminaristes huronnes et algonquines en présence des ambassadeurs iroquois fit surtout grand bruit. Ces sauvages ne pouvaient se lasser d'admirer la bonté maternelle des Ursulines à l'égard de leurs jeunes élèves. Pendant le séjour qu'ils firent à Québec, ils vinrent, comme nous l’avons dit, plusieurs fois au monastère, où on s’efforçait chaque
1 Lettres spirituelles. Lettre LXX VIT, p. 182.
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fois de les régaler selon leurs goûts. Un jour, on leur présenta une petite Huronne de dix à onze ans qui savait lire, écrire et chanter en trois langues, en latin, en français et en huron. « Après qu’elle eut fait le catéchisme à ses compagnes en leur présence, raconte notre Mère, elle alla faire une petite harangue au chef de la troupe pour lui témoigner le plaisir que lui causait la paix, la joie qu’elle avait de ce qu’il emmenait des Pères jésuites, et elle termina en le priant d'envoyer en notre séminaire des filles iroquoises pour y être instruites, l’assurant qu'elle les regarderait comme ses sœurs. Le chef agréa sa proposition, reçut un présent qu'elle lui fit, et il admira beaucoup l'esprit et l'adresse de cette jeune fille. Elle en fit autant à la capitainesse !, qui lui a fait des caresses tout à fait extraordinaires, Le R. P. Chaumonot, après en avoir catéchisé trois durant quelque temps, en a baptisé deux dans notre chapelle. Ce sont les prémices du christianisme parmi les Iroquois. Je vous laisse à juger si nous avons chanté de bon cœur le Te Deum ; nous l’avons fait les larmes aux yeux et la joie dans l’âme, en voyant ceux qui détruisaient naguère le christianisme l’embrasser de si bon cœur ?. »
A leur retour à Montréal, où ils avaient laissé une troupe nombreuse de leurs compatriotes, ces Iroquois
1 Les capitainesses étaient des femmes de qualité parmi les sauvages ; elles avaient voix délibérative dans les conseils et en tiraient des conclusions comme les hommes. Ce furent elles qui
déléguèrent les premiers ambassadeurs pour traiter de la paix. 2? Lettres historiques. Lettre LIT, p. 520.
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nous Perso Mand teurs.