TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X
ne pourrions subsister, Cela est vu et connu de tout le monde; il est encore plus vu et connu de Dieu. Il nous assistera par les voies qu’il plaira à sa providence d’ordonner. »
Cependant le travail de nos vaillantes Ursulines devait s’accroitre encore. « Ce fut en cette année 1656, aussi bien que dans les précédentes et encore dans les suivantes, dit le Récit, que les Hurons étant tous rassemblés dans un fort qu'on leur avait fait bâtir dans la ville entre la cathédrale et le château Saint-Louis, pour les garantir des incursions des Iroquois, leurs filles, au nombre de soixante-dix à quatre-vingts, venaient tous les jours en classe comme nos élèves externes. Après leur avoir fait dire leurs prières, chanter des cantiques, répéter le catéchisme et fait l'instruction ou l'explication de la doctrine chrétienne, on leur distribuait à manger de la sagamité. Chacune apportait son « ouragan! » et sa cuiller, et ces enfants après avoir rendu grâces à Dieu, s’en retournaient en leurs cabanes, emportant à leurs parents les restes de leurs repas. »
Nos lecteurs ne se demandent-ils pas ici si les ressources des Ursulines avaient augmenté, pour suffire à ce surcroît de dépense, après les pertes excessives qu’elles avaient subies? La compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent-Associés ? avait fait
1 Espé … d’assiette faite d'écorce de bouleau. ? La compagnie des Cent-Associés, qui avait le droit de distribuer les terres du pays en fiefs et seigneuries, administra les
à la vérité des concessions de terre assez considérables, mais le gouvernement français avait rarement alloué annuellement plus de 300 ibs en argent. Les sommes reçues des communautés et personnes pieuses de France, de 1652 à 1672, s’élevaient tout au plus à 19,520 ibs, c'est-à-dire en moyenne, mille livres par année. On recevait aussi différents effets en aumônes ; mais qu'élait-ce que tout cela en face des besoins incessants de la communauté, surtout si l’on considère que ces aumônes devaient s'étendre non seulement aux sauvages, mais aux filles fran-
| 1 çaises des familles pauvres {et presque toutes l’étaient dk I plus ou moins à cette époque), auxquelles on tenait ', s à inculquer au moins les principes des vertus chré- : ç tiennes, « et qui coûtaient sans comparaison plus à tr nourrir et à entretenir que les sauvages, » disait la : d
vénérée Mère!.
La Providence continua sans doute la merveille que les religieuses avaient remarquée, pour la pre- | mière fois, à l’époque de la dispersion de la nation huronne, lorsque ces malheureux étaient par centaines à la charge des trois communautés de Québec, \ c’est-à-dire que le pain se multipliait entre les mains | de la vénérée Mère Marie de l’Incarnation à mesure qu’elle le distribuait. « Elle s’en apercevait bien elle-même, ajoute dom Claude Martin d'après le témoignage des religieuses, aussi disait-elle parfois
affaires de la colonie de 1627 à 1663, époque où le roi établit un gouvernement sous un contrôle direct.
1 Les Ursulines de Québec, livre Il, ch, 1er,