‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 101 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Il

que mes défauts et mes imperfections m'avaient rendue à charge à tout le monde; qu’on n’éprouvait qu'une très vive aversion pour moi, et que je ne serais jamais admise à faire profession. Le réfectoire était particulièrement pour moi un lieu de tourment, Nulle part, enfin, je ne trouvais de soulagement à mes peines, ni le jour, ni la nuit; je me croyais à jamais privée des faveurs du ciel.

« Je dois dire cependant que le chant des psaumes ramenait en mon âme un peu de sérénité. Mais à peine avait-il cessé, mes tourments recommençaient plus violents encore. Ce fut un jour à tel point, que, me trouvant tout près d’une fenêtre, j’eus l'effroyable tentation de me précipiter en bas; car mon entendement était entièrement obscurci, et j'avais presque perdu la mémoire. Je ne pouvais même plus retenir les sujets d’oraison, de sorte qu’il m'était impossible d'en rendre compte lorsque j'étais interrogée à ce sujet, ce qui me couvrait de confusion.

« J'étais heureuse de répéter intérieurement, après l’une de mes sœurs, les paroles d’un acte d'actions de grâces qu’elle récitait en français, car je n'avais pas la liberté d’en produire intérieurement moi-même. Dans toutes ces dispositions affligeantes, j'étais cependant en paix dans le fond de l’âme, et je n’eus pas voulu, même pour un moment, la diminution de mes croix. J'avais beau souffrir, Dieu m'était toujours présent à la pensée. Mais voir Dieu, pureté incompréhensible, et se sentir en sa présence accablé par

toutes sortes de misères incompatibles avec cette pureté, c'est un martyre bien rigoureux. Et de plus, se voir en un état si misérable et si éloigné de celui dans lequel j'étais auparavant, était pour moi un sujet d'humiliation si grand, que je ne saurais l'exprimer. Malgré tout cela, néanmoins, je ne laissais pas de m'entretenir avec Notre-Seigneur par des paroles d'amour. Mais ces entretiens amoureux ne faisaient qu'augmenter encore mes souffrances, «ar je m'imaginais que ce n’était que par habitude que je parlais ainsi, et non par l'effet d’un véritable amour. Un jour, tandis que j'étais en proie à cette peine intérieure et que j'offrais toutes mes croix à mon divin Époux, il me répondit intérieurement : Sur qui reposera mon esprit, sinon sur l’humble ? Je devins toute honteuse, lui disant que je n’avais point d’humilité. Et, en effet, je n'en voyais poiut en moi; mais j'y voyais seulement un grand désir d'acquérir cette vertu.

« Toutefois les paroles que venait de me dire mon divin Époux avaient quelque chose de si charmant, qu'elles remplirent tout mon intérieur d'une consolation qui ne peut s'exprimer. Aussi je demeurai quelque temps dans une grande tranquillité et une simplicité intérieure semblable à celle dont j'ai parlé plus haut, et qui consiste pour moi à étre retirée au fond de l’âme, sans sentiment, pour y jouir de Dieu, sans que rien paraisse au dehors. Lorsque je m’apercevais que j'étais religieuse, c'està-dire délivrée du monde et de tous ses soins, il

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