DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Ill
me semblait que je devais sauter d’aise, ce qui m'arrivait aussi quand j'entendais le chant des psaumes, ou lorsque notre Mère me donnait quelque mortification. Alors Notre-Seigneur suspendait un peu mon martyre, et je me voyais en repos. Je demeurais confuse en sa présence, en lui disant : « Mon cher Amour, je ne suis pas lasse de souffrir; non, je ne suis pas lasse. » Après cela, je retournais à ma croix, où je me sentais plus attachée qu'auparavant, plus obscurcie, plus stérile, plus insensible, plus combattue de diverses tentations. Il se présentait à mon imagination des choses horribles qui me faisaient trembler. Je n’osais presque plus lever les yeux, car les objets les plus purs me causaient des impressions mauvaises. Qu'on ajoute à tout cela les étranges obsessions dont j'étais l'objet : pensées de blasphème contre Dieu, contre la sainte Vierge, doutes contre la foi, lâchetés étranges dans la pratique de la pénitence, on aura peut-être une idée du triste état de mon âme. Mon cœur en était percé d'une telle douleur, que j'en étais réduite à une agonie sans égale. Je craignais que Dieu, à cause de toutes ces malices, ne m’eût abandonnée. Ma vie passée ne m'’apparaissait que comme une suite ininterrompue de misères, et tous les dons d’oraison dont j'avais été favorisée, comme l'effet d’une déplorable illusion !. »
1 Dom Claude Martin, addilion au ch..v, Ile partie, p. 208 et suivantes.
Pour mettre le comble à toutes ces épreuves, Dieu permettait que son confesseur, confident de ces terribles peines, ne répondit à ses douloureuses confidences que par des paroles mortifiantes. Au lieu de l'encourager à s’abandonner sans réserve à l’action de la Providence, et à chasser de son cœur toute crainte au sujet des consentements qu’elle croyait avoir donnés au mal, il la rudoyait au contraire. « Vous êtes dans l'illusion, lui disait-il. On voit bien que votre âme n’est point assez mortifiée, que vous n'avez nul fondement de vertu. » Si elle lui faisait part des grâces extraordinaires dont elle était de loin en loin favorisée, il se moquait de tout cela, et lui disait avec un air de dérision: « Vous allez sans doute, un de ces jours, faire des miracles. »
La pauvre âme recevait ainsi le coup de grâce de la main même de celui qui aurait dû l’assister et la soutenir dans sa cruelle épreuve. Comme un navire qui a perdu tous ses agrès dans la tempête et qui est devenu le jouet des vagues, elle était battue et agitée dans tous les sens par les flots tumultueux de toutes les tentations. Destituée de tout secours humain, n'ayant plus d'espérance que dans la miséricorde infinie de son divin Rédempteur, elle espérait contre toute espérance humaine, entièrement livrée au bon plaisir de Dieu, comme une pure victime d'amour.
Cette cruelle agonie dura longtemps encore.
N'osant plus parler à son confesseur, elle demanda du moins la permission de lui écrire. Ayant donc