DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE III
un jour pris la plume, elle lui demanda s’il jugeait à propos qu’elle se servit d’un livre pendant l'oraison pour fixer son imagination. Elle ajoutait qu’elle n’hésiterait point à prouver ainsi à toute la Communauté son ignorance et son incapacité en matière d'oraison, son unique désir étant de commencer enfin à apprendre à prier. Pour toute réponse, la Mère supérieure reçut de lui, au bout de trois semaines, un billet ainsi conçu : « Que sœur Marie de l’Incarnation csxtiinue sa manière d'oraison. » Obéissante autant que résignée à la volonté de Dieu, elle ne changea donc rien à ses pratiques. Mais ses peines intérieures redoublaient toujours. « Je ne voyais en moi, écrit-elle, que malice et hypocrisie. Je me sentais toute pauvre et chétive, et néanmoins des suggestions d’orgueil venaient de temps en temps me tourmenter. J'aurais voulu me soustraire aux grandes humiliations intérieures qui m’accablaient. J'en étais toute confuse devant Dieu, que je ne perdais point de vue, et j'allais m’accuser de toutes ces misères, car je n’aurais jamais rien voulu ni cacher ni déguiser, au risque même de me voir chasser de la maison!, »
On eût dit que le divin Sauveur prenait plaisir à considérer le supplice de son amante désolée; car, s’il lui arrivait quelquefois d'aller chercher un peu de consolation auprès des créatures, elle en était aussitôt reprise intérieurement par son divin Époux,
1 Dom Claude Martin, addition au ch. v, Ile partie, p. 212-213.
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qui lui demandait si elle ne se contentait pas de sa compagnie. Elle revenait alors aussitôt à son Gethsémani, auprès de son Bien-Aimé souffrant, agonisant et délaissé.
Mais une des choses qui nous ont le plus frappé dans le récit de cette vraie passion de la fidèle servante de Jésus, c’est ce qui lui arriva à l’occasion d’une fête de la Noël. Toute la communauté était joyeuse. Les sœurs étaient prosternées devant l’image de notre divin Sauveur couché dans son humble crèche, et elles lui offraient, avec une ardente dévotion, leur cœur et leur vie. Notre fervente religieuse était là aussi, mas ioute plongée dans un océan d’amertume. La supérieure s’approcha d'elle et lui dit tout bas : « Priez bien le petit Jésus d’éloigner de votre cœur toutes ces angoisses qui l’oppressent. » Par un vif sentiment d’obéissance, elle le fit aussitôt. Mais à peine eut-elle commencé cette prière, le souvenir de toutes ses tentations affreuses, et la pensée qu'elle était indigne d’être exaucée, lui occasionnèrent un tel serrement de cœur, qu’elle fut obligée de se retirer dans sa cellule. Tout le reste de la nuit se passa dans des étouffements et des oppressions de cœur, qui firent même craindre un moment pour sa vie. « Il me semblait, dit-elle à cette occasion, que le divin Époux ne voulait plus user que de rigueurs à mon égard, et que j'étais condamnée à endurer une peine éternelle. Je me conformais néanmoins à l’adorable volonté de mon Dieu, pour lequel je voulais tant souffrir, Mais quiconque aurait vu les
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