‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 104 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE III

angoisses de mon cœur, en eût certainement pleuré de compassion, surtout en pensant à ce regard intérieur que mon âme tenait toujours fixé sur son divin Époux. Car, loin de lui procurer du soulagement dans ses tentations, cette présence continuelle du Dieu de toute pureté augmente encore sa peine par un excès d’amertume. D’un côté, en effet, elle voit combien l'hôte de son âme est pur et parfait ; de l’autre, elle se voit poursuivie de sa part par tant d'ennemis dont elle ne peut se défaire, que cette double vue la tient toute honteuse, chétive, pauvre, vile, abjecte, et comme un vrai rien. Voir que ce divin Époux la regarde, et la laisse néanmoins plongée dans cet abîme de croix, sans vouloir la secourir, est le plus sensible sujet de ses douleurs. Mais cependant elle reconnaît que ce n’est que par amour que son Bien-Aimé semble la délaisser ainsi, et c’est ce qui lui fait dire : « Je suis contente d’être ainsi, Ô mon cher Amour; oui, je suis contente d’être ainsi, » De là vient qu’elle se sent obligée d'aimer davantage, parce qu’elle voit que ce n’est pas par manque d'amour que son Bien-Aimé la laisse ainsi gémir, mais par un secret qu'il prend plaisir à lui tenir caché, et qu’elle adore du plus profond de son cœur, par une amoureuse conformité à ses volontés.

« Un jour, étant prosternée devant le saint Sacrement, préoccupée de m'offrir et de me soumettre à sa divine volonté, j’entendis au fond de mon cœur, d'une manière aussi claire et aussi distincte que possible, cette parole : « Tu sèmeras en larmes et

E ï ä LE { LE ë EX

recueilleras dans la joie. » À ces mots, tout ce qui m'avait paru pesant jusque-là me parut doux et léger. Bien que je connusse que je soufirirais encore beaucoup, la douceur de ces paroles accrut tellement en moi l’amour de la croix, que tout me semblait doux, aisé et facile, et j’eusse été décidée à souffrir jusqu’au jour du jugement, pour entrer ensuite dans la joie de mon divin Époux et jouir de ses embrassements. Je ne m'étais pas trop arrêtée jusque-là à ces paroles des psaumes, lorsque nous les récitions en chœur; mais depuis ce jour elles produisent sur moi une très vive impression et me rendent toute Joyeuse, à la pensée des croix que j'ai à supporter !, »

Cependant l’agonie de cette âme était cruelle, La solitude, qu’elle aimait tant autrefois, lui était devenue un vrai supplice. Elle ne pouvait supporter un séjour tant soit peu prolongé dans cette chère cellule qu’elle appelait naguère « son paradis »; et, d’un autre côté, elle ne voyait autour d'elle personne qui pût la soulager. Il lui semblait que tout le monde l'avait oubliée, C'était bien là une image de la désolation du Sauveur à Gethsémani, et elle pouvait bien dire avec le prophète : « J'ai regardé autour de moi, et il n’y avait personne pour m'aider : j'ai cherché, et je n'ai point trouvé de secours ?, » Le travail des mains lui-même lui était devenu à charge et ne lui inspirait que du dégoût. Elle ne pouvait s’y porter qu’en se

1 Dom Claude Martin, addition au ch. v, Ile partie, p. 213-214. 2 Isaïe, Lxrnt, 5. ‘ :

qui x et core nent blait affrir dans ras -là à tions t sur toute sup-

e, La enue éjour elle côté, ût la 'avait lation

dire ,etil et je

ains spirait en se

Page 1