‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 11 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II

Son fils s'étant permis, peu d'années avant la mort de sa vénérable mère, de lui demander, dans une de ses lettres, comment elle avait pu se déterminer à donner son consentement à ce mariage, elle lui fit cette réponse : « ILest vrai que, dès l’âge de quatorze à quinze ans, je me suis sentie très vivement poussée vers la vie religieuse, Il n’y avait alors à Tours que le monastère de Saint-Benoît qui me fût connu, car j y allais quelquefois accomplir mes dévotions. Je parlai de mon désir à ma mère, qui parut d’abord plutôt y consentir que vouloir y résister. Elle me dit même que si M"° de Beaumont, avec qui elle avait eu quelques relations d'amitié , connaissait mes sentiments et mon désir, elle me recevrait volontiers. L'affaire néanmoins en demeura là. Je n’osais renouveler mon désir à ma mère, car j'étais alors fort craintive. Et, de son côté, ma mère crut sans doute que je n'étais point propre à la vie religieuse, à cause de la gaieté et de l’enjouement de mon caractère. Car tel est le préjugé du monde à cet égard, J'ai compris plus tard, en voyant tout ce qui m'est arrivé, pour quels desseins Dieu n'avait pas voulu que j'embrassasse alors ce genre de vie. Du reste, à cette époque, je me laissais conduire en aveugle par mes parents, qui furent, en cette circonstance, les intermédiaires par lesquels il plut à la divine Providence de me faire connaître sa volonté. J’ai toujours

1 C'était la troisième enfant de Georges Babou, seigneur de la

Bourdaisière, qui avait succédé à ses deux tantes et à sa grand'tante dans la dignité d'abbesse de Beaumont.

cru qu’elle n’avait permis que je fusse engagée dans le mariage qu'à cause de vous. Peut-être aussi voulaitelle éprouver ma foi et ma confiance par la perte de mes biens et diverses autres croix, dont je vous ai un peu parlé autrefois, mais que la charité m’empêche de faire connaître. Votre naissance fut ma seule consolation à cette époque de ma vie où j'eus tant à souffrir. Je dois dire aussi que votre père, qui était si bon, me permettait volontiers toutes mes dévotions, car il était homme de bien et craignant Dieu!. »

Bien que dom Claude Martin ait eu connaissance de la nature des chagrins intimes auxquels sa vénérée mère fait ici allusion, il n’a pu se décider, dit-il, à déchirer le voile sous lequel elle a eu soin de les cacher. Tout ce qu'il a voulu en dire, c'est qu'ils étaient très vifs, et qu'il ne savait même s’il peut en exister de plus amers.

La seule consolation de la jeune femme en ce temps-là fut, comme elle l’a dit elle-même, la naissance de son cher enfant. Du reste, l'unique pensée qui l'avait soutenue au moment de son mariage avait été l'espérance de contribuer à augmenter par là le nombre des élus dans le ciel. Aussi, dès qu’elle comprit que Dieu allait lui procurer les joies et les honneurs de la maternité, elle ccimmença à offrir à Dieu la petite créature qu'elle portait dans son sein, le suppliant de la compter au nombre des âmes

1 Claude Martin, Ire partie, ch. 11, addition,

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