PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
prédestinées. Par une de ces coïncidences providentielles où se montre la protection du Ciel, l'enfant vint au monde le 2 avril 1619, le jour même où l'Église célèbre la fête de saint François de Paule, l'ami reconnaissant de l’arrière-grand-père de Florent Guyard, le patron et le protecteur de sa famille,
Dom Martène raconte, dans la Vie de dom Claude Martin, que, la veille de la naissance de cet enfant de bénédiction, M"° Martin, sa sainte mère, vint en pèlerinage à l'abbaye de Marmoutiers, située tout près de la ville de Tours. « Il y a bien de l'apparence, ajoute-t-il avec un naïf sentiment de piété filiale envers son ancien maître et vénéré père en Jésus-Christ, que ce fut pour offrir à Dieu et à saint Martin la petite créature qu’elle portait dans son sein, et que le Seigneur accepta cette victime, qui devait être un jour consumée en ce saint lieu, et que saint Martin le choisit dès lors pour être le plus illustre de ses successeurs dans la conduite de ce célèbre monastère !, » Ce fut la même, en effet, que, soixante-quinze ans plus tard, le glorieux fils de notre vénérable Mère rendait sa belle âme à Dieu au milieu de l’unanime concert de regrets et d’éloges de toute sa grande famille religieuse, édifiée par ses nombreuses et rares vertus.
M"° Martin ne vécut que deux ans dans l’état du mariage, mais elle eut le temps d'en remplir tous les devoirs avec perfection. Son premier soin, dès
1 La vie du vénérable Père dom Claude Martin, liv. Ler, ch, rer,
dk | 54 HISTOIRE DE LA MÈRE MARIE DE L'INCARNATION
qu’elle s'était vue à la tête d’une maison aussi considérable que la sienne, avait été d’y faire régner partout la crainte de Dieu, et d'en fermer toutes les avenues au péché. Elle-même donnait à tous l'exemple. Levée tous les jours de bonne heure, elle La avait ses heures réglées pour vaquer à l’oraison et entendre la sainte messe. La sainte communion surtout faisait ses délices. Elle s'y portait avec une foi | vive et une brûlante charité, sachant bien quel ineffe fable trésor renferme la sainte Eucharistie pour les ë âmes bien disposées. Aussi ne manquait-elle jamais 1 d'en retirer un précieux accroissement de forces et (
de vertus. Dans une de ses admirables lettres, elle é dit qu’une seule communion bien faite devrait suf- n fire à nous sanctifier, car « nous recevons à la table 1 sainte le Saint des saints et la sainteté même. » Mais té
elle ajoute que le plus grand obstacle à l'effusion
complète de la grâce en notre cœur, c’est qu'après la réciproque donation qui s'est accomplie entre Dieu et nous à la table sainte, « nous nous hâtons de
rentrer en possession de nous-mêmes, notre amourpropre ne pouvant se résigner à l’anéantissement complet de nos penchants naturels, absolument
: requis cependant pour nous établir dans la sainteté. » avé Quant à elle, elle sut bien faire ce sacrifice. Aussi la FL nous ne craignons pas de dire que tout le secret au Fe de la haute perfection à laquelle elle est parvenue, la
te a été surtout dans cet abandon absolu d'elle-même sort
| entre les mains de Dieu. S
Elle considérait son mari comme le représentant plus