‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 113 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE Ill

l'avait été jusqu'alors, mais elle devint bientôt le sujet d'une continuelle défiance de ma part. Je regrettai même de lui avoir fait cette ouverture de conscience dans la crainte qu'elle ne s’imaginât que toutes ces pensées étaient volontaires, et qu'elle n’en conçût pour moi du mépris et un désir de m'abaisser en tout ce qu’elle pourrait. Plus je combattais ces pensées, plus elles se multipliaient. Si je parvenais a en étouffer une, il en renaissait une autre aussitôt. En un mot, c'était dans le fond de mon esprit un murmure continuel contre elle, un sentiment de répulsion contre toutes ses ordonnances, qui me paraissaient aller à l'encontre de tous mes sentiments. Ah ! que j'étais humiliée parmi tant de misères! Car de quelque côté que je me regardasse je ne voyais autre chose, et je disais à Notre-Seigneur :

« Mon cher Amour, faites-moi, s’il vous plait, connaître les empêchements qui sont en moi, et qui m'empêchent de faire le bien que je voudrais, car, pour vous être agréable, il n'est rien que je ne sois disposée à accomplir. Mon divin Sauveur me faisait connaître alors qu'il voulait que je ne m'attachasse qu'à lui seul, que je n’attendisse du secours que de sa bonté, et que je fisse sans pitié le sacrifice de tous les sentiments de la nature. Je reconnus aussi le signe évident de son amour et de sa miséricorde à mon égard en plusieurs épreuves qu'il m'avait envoyées, et notamment en celles que j'avais eues par rapport à notre révérende Mère, car J'éprouvais beaucoup d'attachement pour elle. Il faut que je

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dise ici en toute simplicité qu'ayant constaté ce penchant chez moi, je me prive depuis fort longtemps déjà de l’aborder de peur d'augmenter encore mon affection à son égard, tant j’appréhende ces sortes d’attachements que je considère comme fort dangereux pour les âmes qui tendent à l’union divine. C’est un vrai poison qui ne sert qu’à les distraire et à mettre obstacle à leurs rapports avec Dieu ; et on ne saurait dire combien ces affections trop naturelles sont désagréables à sa divine Majesté. C'est du moins ce que j'ai appris et constaté en plusieurs rencontres !. »

Ces réflexions ne sauraient être trop méditées par les âmes appelées à la parfaite union avec Dieu, et toutes celles qui sont consacrées à Jésus le sont plus ou moins. Ce divin Époux, qui ne peut souffrir en leur cœur d'autre aflection que la sienne, brise impitoyablement tous les liens qui les attachent naturellement encore, et souvent à leur insu, aux créatures même les plus saintes et les plus dignes d’être aimées. Ce sacrifice est rude, sans doute, mais il est absolument nécessaire pour la parfaite immolation de la nature. Le divin Sauveur n'en a-t-il pas d’ailleurs donné l'exemple, lorsque, du haut de la croix, après avoir tout sacrifié, il a voulu encore nous abandonner sa Mère?

Quand elle vit ce que Dieu lui demandait, notre chère épouse de Jésus crucifié n’hésita pas à con-

1 Claude Martin, Ile partie, ch. x, addition, p. 225, 226.

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