‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 118 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

lequel elle était assise; cependant je ne laissai pas de m'avancer vers elle, Dès que je fus proche, je laissai la main de ma compagne, et, par un tressaillement d'amour, je courus vers cette divine Mère, étendant les bras, en sorte qu’ils pouvaient atteindre les deux bouts de la petite église. J'attendais avec ardeur qu'elle me fit quelque grâce; mais, comme elle regardait ce pauvre pays, je ne pouvais apercevoir son visage. Un instant après, je la vis tout à coup devenir flexible, et jeter les yeux sur son divin Fils, auquel elle paraissait faire entendre quelque chose d’important, et il me semblait qu’elle parlait de ce pays et de moi. Alors mon cœur s’enflamma de plus en plus, et mon âme ressentit je ne sais quoi de divin qui me plongea dans une paix et une satisfaction intérieure inexprimables. Ma compagne s'était arrêtée à deux ou trois pas, pour descendre dans ce grand pays, d’où elle regardait la sainte Vierge, qu'elle pouvait voir de côté. Cette divine Mère était d'une beauté ravissante, toute céleste, et paraissait avoir l'âge de quinze ou seize ans. Cependant, les bras toujours étendus, je soupirais après elle. Alors, avec une grâce ineffable, elle se tourna vers moi en souriant amoureusement, et elle me baisa sans me dire mot. Puis elle se retourna vers son Fils et continua de lui parler, ayant toujours, ainsi qu'il me paraissait, quelque dessein sur moi. Elle se tourna une seconde fois et me baisa derechef. Elle parla encore à son très adorable Fils et me baisa pour la troisième fois. Ces douces caresses

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remplirent mon âme d’une onction toute céleste!, »

Toutes ces circonstances sont remarquables. Mais on ne peut se lasser d'admirer surtout les douces caresses prodiguées par la Mère de Dieu à cette âme privilégiée qui avait reçu, on s’en souvient, dès les premiers jours de son enfance, celles de Jésus. « Voyant que la très sainte Vierge parlait de moi, ajouta-t-elle, mon cœur se sentait ému et s’enflammait de plus en plus, et j'éprouvais en même temps je ne sais quelle paix suave et satisfaction intérieure. La beauté de cette divine Mère était ravissante. Son souvenir me pénètre encore d’une ineffable joie. Je me réveillai alors, tout émue et transportée de bonheur, portant en mon âme l'influence des sacrés baisers de Marie. Peu s’en fallut même que je ne courusse partout pour dire à toutes mes sœurs et mères la faveur ineffable qui venait de m'être accordée, Mais je ne pus m'empêcher d’en parler à quelques novices que je rencontrai, après les heures du grand silence?, »

La future Ursuline du Canada était bien éloignée de comprendre encore la signification mystérieuse de la grande vision qu’elle vient elle-même de rapporter. Ce secret ne lui fut révélé que plus tard. Mais ce grand pays qu’elle avait entrevu de loin, cet apôtre vêtu de blanc qui lui en avait ouvert | portes, cette dame séculière qui l’accompagnait, toi ces circonstances vraiment prophétiques demeurèrenl

1 Dom Claude Martin, relation, ch. vir, Il partie, p. 209-210. ? Id., addition au ch. vnr, p. 230.

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