PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
de l'autorité de Dieu dans sa maison, et à ce titre elle lui rendait toutes sortes de respects et de services. Elle l’aimait tendrement, on peut même dire plus qu’elle-même, non seulement à cause de ses belles qualités physiques et morales, mais surtout parce que Dieu le voulait ainsi. Son amour pour lui était, en un mot, plus fondé sur la grâce que sur la nature. Les afflictions les plus douloureuses, les épreuves les plus poignantes n’altérèrent jamais son aftection, son dévouement pour lui, bien qu’il eût été la cause involontaire de ses plus vives souffrances, C'était à ce point, que tous ses parents et amis en étaient dans la plus grande admiration: lui-même ne pouvait s'empêcher d'en être touché jusqu'aux larmes, et il ne manquait aucune occasion de lui en témoigner sa reconnaissance, F
Il n’est pas, en un mot, un seul trait du portrait tracé par l’Esprit-Saint de la femme forte que nous ne puissions retrouver dans la physionomie morale de notre jeune épouse chrétienne, pendant les deux années de son mariage. Ellrhossédait à son exemple la confiance absolue de son mari, et ne cessa.un seul jour de lui rendre le bien et non le mal qu'elle en avait reçu. Elle savait travailler de ses propres mains la laine et le lin, avec ce discernement nécessaire au sage entretien de sa maison. Aussi aurait-on pu la comparer à un riche vaisseau chargé de toutes sortes de trésors.
Ses domestiques étaient l'objet de sa vigilance la plus attentive. Il était beau de la voir leur prodiguer
à tous ses soins et les marques de sa tendresse, comme elle l’eût fait à l'égard de ses propres enfants. De leur côté, ils la respectaient et la chérissaient comme une mère, et la plupart d’entre eux, qui connaissaient le secret de ses chagrins, avaient pour elle le sentiment de la plus tendre et respectueuse compassion.
Mais ce qui attirait surtout sa sollicitude, c'était les intérêts spirituels des gens de sa maison. Avec quelle pieuse vigilance elle observait toute leur conduite, s’enquérant de la manière dont ils accomplissaient leurs devoirs religieux! Elle les obligeait à se confesser souvent et à conserver par ce moyen leur âme dans l'innocence et la pureté; car le péché lui inspirait non moins d'horreur dans les autres qu’en elle-même, ce qui est le propre d’une vraie charité.
On la voyait même quelquefois toute troublée à la seule pensée des outrages dont Dieu est l'objet. Son unique ambition était de l'aimer et de le faire aimer et honorer sans mesure. Dans ce but, elle allait entendre à l'église les sermons auxquels ses ouvriers et domestiques ne pouvaient assister. Elle cherchait à se pénétrer le plus possible des vérités et des sentiments exprimés par le prédicateur. Puis, la mémoire pleine de ce qu’elle avait entendu, le cœur tout embrasé du divin amour, elle revenait à la maison, et quand elle trouvait un moment favorable, quand, le soir par exemple, les ouvriers et les domestiques étaient réunis pour leur repas, elle leur ouvrait son
cœur, et leur en communiquait les trésors.
‘était encore trop peu, au gré de ses désirs et des