DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE V
alors pour le saint autel, ou lorsqu'elle était appelée à instruire ses chères novices, Heureuses âmes appelées à recueillir, des lèvres de leur sainte sous-maîtresse du noviciat, le miel le plus savoureux de nos saints livres, qu’elle avait soin, comme une abeille diligente, de leur préparer ainsi tous les jours. Non contente de puiser dans l’Écriture sainte et dans l’oraison le suc des divins mystères, elle avait aussi recours aux auteurs ecclésiastiques les plus estimés, et notamment au catéchisme du saint concile de Trente et à celui du cardinal Bellarmin. Elle nous a légué quelque chose du résultat de ses travaux dans un livre‘ qu’elle a composé plus tard ellemême, sur l'ordre de ses supérieurs, et qui est, on peut le dire, un des ouvrages les plus riches et les plus achevés que nous possédions en ce genre.
En dehors de ses pieuses conférences spirituelles au noviciat, la Mère Marie de l’Incarnation parlait peu. Quand elle le faisait, c'était toujours avec discrétion, sagesse, douceur et dévotion. On remarquait même quelque chose de sentencieux dans ses paroles,
1 Ce livre fut publié en France, en 1684, sous le titre de l'École sainte. Le Père de Charlevoix a déclaré « qu'il n’en est point (ce sont ses propres paroles) où les vérités soient expliquées avec plus d'ordre, de précision et de netteté. Le choix et l'application des passages de l'Écriture font bien voir, ajoute-t-il, que la Mère de l'Incarnation a été une des personnes de son siècle qui aient mieux connu les Livres saints. Tout y respire une merveilleuse simplicité qui écarte cette dangereuse curiosité, cause ordinaire de l'orgueil, du libertinage de l'esprit et de l'insensibilité du cœur. » Cet ouvrage a été réédité de nos jours chez Casterman sous ce titre : Catéchisme de la vénérable Mère Marie de l’Incarnation.
ordinairement pleines de fréquentes réminiscences de nos saints livres. Le Cantique des cantiques lui était surtout très familier, et elle savait en tirer à propos les plus suaves inspirations. Depuis longtemps, du reste, étant toute jeune fille encore dans le monde, elle avait contracté l’heureuse habitude de veiller avec soin sur son langage, tant elle avait été persuadée de bonne heure que l’immortification de la langue est une cause de très graves imperfections et souvent même de grands péchés. Aussi ne l’avait-on jamais entendue proférer une parole tant soit peu légère et inconsidérée.
Cette habitude de formuler ses pensées en sentences claires et précises avait le grand avantage de faire pénétrer sa doctrine spirituelle plus avant dans l'esprit et dans le cœur des novices et des jeunes religieuses qu'elle était chargée d'instruire. Celles-ci, de leur côté, ont pu ainsi la recueillir plus facilement et nous en conserver le précieux trésor. On nous saura gré, sans doute, d'en donner ici quelques fragments.
« Une âme que Dieu appelle à une vie continuelle de l'esprit doit se résoudre à passer par beaucoup de morts avant que d’arriver au terme; cela n'est pas imaginable, et qui n’y aurait passé aurait de la
peine à le croire, aussi bie 1 que de l'abandonnement
où l’âme doit être de se laisser conduire où Dieu la veut mener.
« Plusieurs désirent et s'efforcent d’avoir le don d'oraison, et ils ne désirent et ne s'efforcent pas
pas