DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE V
d’avoir celui de l'humilité et de la vraie abnégation
d'eux-mêmes, sans lequel il n’y a point de vraie
oraison.
« Sans la mortification, il n'y a point de vraie oraison ni de véritable esprit intérieur. L'un et l’autre doivent aller de même pas, autrement toutes nos dévotions doivent être suspectes.
« La mortification et l’oraison sont deux sœurs jumelles qui ne se doivent point quitter : si l’une cesse, l’autre périt.
« Celle qui parle beaucoup n’a pas le don d’oraison, ni même celui de la dévotion pour beaucoup aimer Dieu; n'étant pas possible d’avoir le cœur et la bouche ouverte à Dieu et aux hommes.
« La pureté de l'âme est une disposition essentielle pour s’unir à Dieu; car, comme la mer naturelle ne peut rien souffrir d’impur, ainsi ce Dieu de pureté, qui est un océan infini de toute perfection, rejette les âmes mortes, et n’admet que celles qui vivent en lui et qui lui sont semblables en pureté.
« Il n’y a rien qui soit plus capable de perdre l'âme que la curiosité dans l’oraison et le désir de savoir plus que Dieu ne veut apprendre.
« L'on peut excéder dans le désir de connaître, mais non dans le désir d’aimer.
« L'on dit que la contemplation est oisive, et cela est véritable en un sens: mais son oisiveté est active et accompagnée de grands travaux. La vie la plus sublime consiste en ces deux points : dans la pratique extérieure des vertus de l'Évangile, et dans la
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RS Lens
familiarité intérieure avec Dieu. Et je ne l'aurais cru si je n'en étais assurée par une voie que je ne puis mettre sur ce papier. Nous obligeons Dieu, s’il faut ainsi parler, quand nous nous jetons entre ses bras pour le caresser. Nous devons donc nous perdre en lui amoureusement; car, encore qu'il soit tout et que nous ne soyons rien, nous en serons plus aisément et plus heureusement perdus.
« Le Père éternel a fait voir à une personne que si elle lui demande par le cœur de son Fils, il lui donnera tout ce qu'elle voudra.
« Mon esprit, disait-elle encore, ne peut concevoir comment une lumière peut demeurer un moment dans l’entendement sans que la volonté soit captivée, parce que Dieu est un objet si aimable, si gracieux et si ravissant, qu'il faut lui céder sans remise au moment qu'il paraît.
« Dès qu’un cœur est navré, il aime partout, pourvu qu’il entretienne les plaies de l'amour, et qu'il ne les referme pas par de misérables médicaments, c’està-dire par les fausses raisons de l’amour-propre.
« Il faut tous les jours commencer à aimer Dieu, et croire aujourd'hui qu'hier on ne l’aimait pas vraiment, puisque les degrés de ce saint commerce sont de ne voir de parfait que ce qui est devant soi, et défectueux tout ce qui est passé. » Elle disait souvent : « Je ne puis comprendre comment une âme s'amuse à s’entretenir avec les créatures, ayant toujours en soi le Créateur, avec lequel elle se peut entretenir. »