‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 131 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI

dans l'actuelle pratique de mes règles, mon esprit ne cessait point d'aller ainsi à travers le monde, ni mon cœur de presser le Père éternel, par une activité amoureuse, pour obtenir le salut de tant de millions de créatures raisonnables que je lui présentais. O Père, que tardez-vous, lui disais-je, puisqu'il y a si longtemps que mon Bien-Aimé a répandu son sang? Je prie pour les intérêts de mon poux. N'oubliez pas la parole que vous lui avez donnée, ar vous lui avez promis toutes les nations.

« Je comprenais alors clairement, à l'aide d’une lumière infuse en mon âme, le sens des nombreux passages de la sainte Écriture où il est parlé du sonverain pouvoir que le Père éternel a donné à son Fils sur tous les êtres créés. En même temps, mon cœur était tout embrasé d’un amour qui le consumait. Je sentais grandir en moi Îe désir que le Verbe divin régnât sur toute la {erre, à l'exclusion des démons. M'adressant au Père éternel, je lui disais : Il est juste que mon divin Époux soit le maitre, je me sens capable de le faire connaître à toutes les nations ; donnez-moi une voix assez puissante pour être entendue des extrémités de Ia terre, et pour dire partout que mon divin Époux est digne de régner et d’être aimé de tous les cœurs. Ces ardents désirs et ces gémissements étaient comme autant de flèches embrasées que je lançais à tout instant vers Dieu. Je lui représentais en même temps les passages de la sainte Écriture, particulièrement ceux de l'Apocalypse où il est parlé de règne du Verbe

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Incarné sur toutes les nations. Puis, me considérani moi-même, il me semblait que j'étais déjà au milieu de toutes ces âmes, qui ne connaissent point encore mon Époux, et qui par conséquent ne lui rendent point leurs hommages; mais je les lui rendais pour elles, je les tenais, ce me semble, étroitement embrassées. J'aurais voulu les concentrer dans le sang précieux de mon adorable Seigneur et Maître.

« Mon esprit était toujours hors de moi-même. Mon corps lui-même semblait se consumer tous les jours peu à peu sous l’action de ce feu dévorant, et il devint bientôt presque semblable à un squelette. Mon supérieur, qui m'interrogeait souvent sur l'état de mon âme, craignit même que ces ardeurs apostoliques ne me donnassent la mort; aussi me commanda-t-il de faire tous mes eflorts pour en éloigner ma pensée. Mais il m'était impossible de lui obéir, malgré toute la violence que je me faisais pour cela. Aussi il renonça bientôt à m’imposer cette à obligation et il me laissa à l'esprit qui m’animait!.» ie C'était surtout la nuit que notre ardente Ursuline

se consumait ainsi sous l’action de ce feu intérieur. Libre alors de toute occupation extérieure, sa pensée s'envolait en quelque sorte à travers l’espace à la recherche des infidèles et des pécheurs. Mais, loin de goûter dans le temps de l’oraison ce repos et cette quiétude dont elle y jouissait autrefois, elle n'y trouvait plus maintenant qu'un terrible accable-

1 Doin Claude Martin, relation, ch, 1x, Ile partie, p. 300 et suiv.

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