‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 132 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI

ment. Elle semblait être chargée de toutes ces âmes plongées dans les ténèbres de l'infidélité, encore soustraites au règne d'amour de son Bien-Aimé. Elle se présentait en cet état devant le Père éternel, qui paraissait demeurer sourd à ses véhémentes prières. Et chaque fois qu'elle se présentait ainsi devant Dieu, son agonie intérieure augmentait, car elle n'était point écoutée au gré de ses désirs.

Certes, si la tradition catholique semble nous défendre de donner à des femmes le titre d’Apôtre, spécialement réservé à ces hommes choisis par Jésus- Christ lui-même qui ont été les colonnes de son

Eglise, nous pouvons bien dire de notre Mère Marie

de l’Incarnation qu'elle a été essentiellement et au pius haut degré une femme apostolique. Nous ne croyons pas, en eflet, qu'il y ait eu jamais un cœur plus dévoré du zèle du salut des âmes.

Ses grandes tribulations intérieures, causées par cette soif de la conversion du monde, nous rappellent à chaque instant celles du grand apôtre saint Paul. Elle en vint même jusqu'à imiter cet excès de zèle qui portait l'Apôtre des nations à désirer encourir lui-même l’anathème divin pour en délivrer l'âme de ses frères. Et ce désir n’a pas été chez notre vénérée Mère l'effet d'un transport passager; mais il est devenu, ainsi que nous le verrons dans la suite de cette histoire, une de ses dispositions habituelles et permanentes.

Déjà bien des fois elle s'était offerte à Dieu comme une victime prête à souffrir toutes sortes de supplices

pour obtenir la conversion des infidèles, et la pleine possession pour son divin Époux de l'héritage uni-

versel des nations qui lui avait été promis. Non contente de souwlrir pour une cause si juste et si chère, elle eût désiré ardemment être crucifée, déchirée, brûlée, tourmentée de toutes manières. La cruauté des tyrans lui semblait trop douce, les peines qu'ils infligeaient aux martyrs trop légères, pour gagner le cœur de Dieu et obtenir un tel résultat. Ce fut alors qu'elle en vint à ce sacrifice dont nous venons de parler. Elle s'offrit à Dieu pour être envoyée en enfer jusqu'au jour du jugement dernier, et à en endurer tous les supplices pour obtenir enfin de Dieu la grâce qu'elle sollicitait depuis si longtemps.

Nous avons le témoignage de cet acte d’oblation héroïque non seulement dans ses relations, mais encore dans une lettre qu’elle écrivit à cette époque au Père dom Raymond de Saint-Bernard. « Un désir comme le mien, lui disait-elle, ne peut longtemps garder le silence, Il se renouvelle sans cesse, et j'ai toujours de nouvelles choses à dire. Il n’y a heure, mon révérend Père, où je ne ressente de nouveaux attraits qui me font ardemment aimer ces pauvres âmes plongées dans les ténèbres du péché et de l’infidélité. L’oraison a du pouvoir sur Dieu, j'ose donc me promettre leur conversion, et que le cœur de mon divin Époux se laissera fléchir, car je le caresserai si amoureusement qu'il ne pourra pas me la refuser. L'ardeur que je sens en mon âme

Page 1