DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI
me porte aussi à vouloir souffrir des choses très grandes, que Votre Révérence ne croirait pas volontiers de ma charité, qu'elle sait être très petite ; mais celui qui alluma en mon cœur ce feu qui me consume est assez fort pour tirer sa gloire de la plus faible et de la plus chétive de ses créatures. C’est la grande lumière dont je suis toute pénétrée sur les vérités de notre sainte Foi qui cause en moi de tels effets. Je vois l’état déplorable où sont les âmes qui les ignorent ; il me semble qu’elles sont déjà plongées dans l'enfer, et que le sang de mon Jésus a été en vain répandu pour eïle: Mon cœur est percé quand je pense que l'incompréhensible bonté de Dieu n'est pas connue, aimée et glorifiée des créatures mêmes dans lesquelles Dieu habite par sa puissance, et qui sont capables de le connaître, aimer et glorifier. Cela me fait souffrir plus que je ne puis vous le dire, et je conjure ce Dieu tout-ruissant, auquel rien n’est impossible, de permettre, s'il le veut, que j'aille dans l'enfer jusqu'au jour du jugement. Il me fera ainsi une grande miséricorde, pourvu qu'il convertisse ces pauvres gens!, »
Malgré tous ces sublimes élans d'amour, Dieu cependant semblait demeurer sourd à tant de prières. Il fallut pour fléchir son cœur que lui-même vint révéler à sa servante le secret qu'il tenait caché depuis des siècles, mais qu'il ne devait pas lurder à
se,
1 Dom Claude Martin, addition au ch. x, Ile partie, p, 807 et
suivantes. à
pis CET LENS
révéler aux âmes de bonne volonté. Laissons la Mère Marie de l'Incarnation nous raconter ellemême cette sublime révélation.
« Une nuit, tandis que je représentais à Dieu cette grande affaire du salut des hommes rachetés par le sang de son divin Fils, je compris, par une lumière intérieure qui me fut communiquée, que cette divine Majesté ne m'écoutait point, et qu’elle ne se rendait point propice aux vœux et aux instances que je lui faisais. Je voyais en outre en mon âme que le Père éternel agréerait mes instances pour une si juste cause, mais qu’il voulait auparavant de moi quelque chose qui me manquait pour être exaucée, Je me confondais alors à ses pieds, je m'abîmais au centre de ma bassesse et de mon néant, afin qu’il plût à sa divine bonté de mettre er moi ce qui y faisait défaut. En ce moment même, j'expérimentai comme un écoulement et un rayon divin en tout mon être, et j'entendis aussitôt ces paroles : Demande-moi par le Cœur de Jésus mon très aimable Fils; c'est par lui que je l’exaucerai et que je l’accorderai tes demandes !, »
A peine notre vénérable Mère eut-elle commencé à prier par le Cœur de Jésus, selon l'ordre divin qu’elle avait reçu, son esprit fut aussitôt ravi en Dieu. Elle revit ne seconde fois, dans ce ravissement sublime, « ce grand pays » qui lui avait été montré précédemment dans une circonstance analogue. Mais cette fois la vision fut accompagnée de
1 Dom Claude Martin, relation, ch, x, Il° partie, p. 306,