‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 144 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

parloir, et se précipita tout en larmes aux pieds de son père, en le suppliant de lui pardonner sa démarche.

« Toute la tendresse paternelle de M. de Chauvigny se réveilla en apercevant sa fille bien-aimée; il la releva en l’embrassant, et tandis que M"*° de Chauvigny, intimidée par la scène qui venait de se passer, pleurait à l'écart en silence, il adressa à sa fille les plus tendres reproches :

« — Que vous avons-nous donc fait, ma chère enfant, pour nous abandonner ainsi? Est-ce donc pour vous un si grand sacrifice que de demeurer avec nous, du moins jusqu'à ce que vous nous ayez fermé les yeux? Alors vous serez libre, et vous pourrez faire votre choix. »

« En prononçant ces paroles, il l’entraîna doucement hors de l'appartement, suivi par M"° de Chauvigny. En un instant, ils furent tous montés en voiture, et l’abbaye était déjà hors de vue que la jeune fille n'avait pu proférer une seule parole pour se défendre.

« Un nombreux cercle d'amis attendait le père triomphant à son arrivée au château, pour le féliciter de son heureux succès; la soirée se passa en fêtes et en réjouissances. Une seule personne se retira, cette nuit-là, le cœur triste et désolé : c'était M'e de Chauvigny, qui comprenait maintenant plus clairement que jamais les intentions de son père sur elle ; car il venait de lui dire, en la quittant, de se

préparer, pour le lendemain, à l’accompagner dans une partie de chasse.

« — Madeleine, lui dit-il au retour de cette promenade, avez-vous remarqué ce beau jeune homme qui montait son cheval avec tant de grâce en avant de nous ? » Et sans attendre sa réponse : « C’est de tous mes amis, ajouta-t-il, celui que j'estime le plus; et j'espère qu'avant peu vous partagerez le même sentiment. »

« Mi de Chauvigny comprit par ces paroles que le chevalier Charles de Grivel de la Peltrie, issu de la maison de Tounois, était l'époux que ses parents lui destinaient. En vain protesta-t-elle par ses larmes et ses supplications, en vain allégua-t-elle sa jeunesse et son inexpérience, ils furent inexorables; et tout ce qu'elle put obtenir fut un délai de quelques jours.

« Dans ses angoisses, elle eut recours à la prière, et offrit à Dieu en sacrifice le bonheur qu’elle avait rêvé de pouvoir bientôt se consacrer à lui seul. Cette offrande fut agréable au Seigneur; car, dès lors, il lui donna l'assurance qu’un jour elle lui appartiendrait sans partage.

« Fortifiée par cette voix intérieure, elle se sou-. mit aux ordres de son père, et offrit sa main à M. de la Peltrie.

« L’époux, du reste, que ses parents lui avaient choisi était digne de sa piété et de son amour. Pendant tout le temps que dura leur union, il n'eut pour elle que la tendresse la plus délicate mêlée d'un profond respect que lui inspirait sa rare vertu. Elle, de son côté, sut si bien orner son âme de

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