‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 145 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

toutes les qualités de la vraie épouse chrétienne, que son mari ne cessait de répéter qu'il ne formait plus qu'un seul vœu sur la terre, celui de vivre longtemps, afin de jouir du bonheur dont elle était pour lui l'ange visible.

« Mais la Providence en avait décidé autrement ; car, après cinq ans de cette union inaltérable, M. de la Peltrie fut enlevé subitement à la fleur de l'âge. Elle n'avait eu de son mariage qu’une seule fille, qui n'avait vu le jour que pour aller augmenter le nombre des prédestinés.

« Restée veuve et sans famille à vingt-deux ans, elle sentit renaître en elle le désir de se consacrer entièrement à Dieu dans la vie religieuse; et, pour se préparer à cette vocation sublime, elle fit de sa maison une espèce de couvent et d’hospice, où elle recevait les pauvres et les malades avec une charité digne des premiers siècles de l'Église.

« Cependant elle était partagée entre le désir de renoncer à tout pour Jésus-Christ, et celui d'employer l'immense fortune dont elle jouissait au soulagement des misères spirituelles et corporelles du prochain, pour lesquelles Dieu lui avait donné une tendre compassion. Sa charité se portait de préférence vers les sauvages du Canada, où la France venait d'établir une colonie, et que les Pères de la Compagnie de Jésus avaient commencé d'évangéliser !, »

1 L'abbé Casgrain, Hist. de la Mère de l’Incarnation, Ile partie, ch. vi, p. 235, 236 et suiv.

Telle était la femme si digne d’être associée par la Providence à notre Mère Marie de l’Incarnation. Ces deux grandes âmes ne s'étaient jamais vues l’une et l’autre, et ne se connaissaient point encore, Mais toutes les deux avaient été conduites, par des voies mystérieuses et souvent analogues, vers l’accomplissement du même dessein. Engagées toutes les deux dans le mariage, elles deviennent veuves bientôt; mais tandis que l’une entre dans la vie religieuse pour y être préparée à devenir la fondatrice du premier monastère des Ursulines de la Nouvelle-France, l’autre demeure dans le monde et réserve sa grande fortune pour coopérer à cette grande fondation. Nous les verrons plus tard vivre longtemps ensemble sous le même toit, et mourir presque en même temps, pour aller recevoir au ciel simultanément la récompense de leurs vertus. Aussi pourra-t-on dire d'elles ce que l'Église chante des deux apôtres Pierre et Paul : « De même qu'ils se sont aimés pendant leur vie, ils n’ont pu être séparés dans la mort. »

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