DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
La pauvre Mère fut grandement mortifiée d’une telle réponse, mais elle ne perdit point confiance, et se contenta de s’humilier devant Dieu en lui adressant du fond du cœur cette prière : &« O mon doux Amour, s’il y a quelque chose à faire, faites-le, s’il vous plaît, puisque rien ne vous est caché; vous savez que je suis une personne de néant, que l'on ne croira jamais ; l’on dira que je veux tromper les autres après avoir été trompée moi-même, surtout en une chose qui semble être hors du sens commun, eu égard à ma condition de religieuse, qui m'oblige à vivre et à mourir dans un cloître. Je veux cependant, nonobstant tout cela, vous obéir; mais faites, s’il vous plaît, que je puisse le faire selon votre très sainte volonté!. »
Plusieurs mois s’écoulèrent ainsi, durant lesquels la servante de Dieu était partagée entre la crainte et la confiance. D’un côté, elle n'osait plus parler directement à personne de ses vifs attraits apostoliques, et de l’ordre divin qu’elle avait reçu à ce sujet; mais, de l’autre côté cependant, elle ne pouvait renoncer à cette idée, qui lui paraissait être, à quelque point de vue qu'elle l’examinât, d'inspiration vraiment divine. Elle avait beau, du reste, s’efforcer de faire silence sur ses vifs et irrésistibles attraits apostoliques, elle ne pouvait y parvenir. Malgré elle, et à tout instant, elle laissait échapper des paroles qui trahissaient sa grande préoccupation intérieure. Elle excitait toutes ses sœurs à travailler constamment
1 Dom Claude Martin, relation, ch. xur, p. 322.