PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
tait nuit et jour, comme le saint roi David, et en faisait sa nourriture et ses délices. Pour elle, il n’y avait point de chétifs et médiocres prédicateurs ; tous lui paraissaient égaux, tous lui paraissaient grands. Il lui suffisait de savoir que la parole qui tombait de leurs lèvres était la parole de Dieu pour en être toute ravie et transportée.
Heureuses les âmes chrétiennes qui ont ce culte profond pour la parole sainte! La vénérable Mère de l'Incarnation le posséda toujours au plus haut degré. Ce fut même là un des traits les plus saillants de cette Âme apostolique. Après la sainte Eucharistie, rien ne ravissait plus son cœur que la parole de Dieu, à l'exemple de plusieurs Pères de l'Église et notamment de saint Augustin et d'Origène, qui n'ont même pas craint d'établir une saisissante analogie entre la présence de Jésus-Christ sous le voile de la parole du prédicateur de l'Évangile, et sa présence réelle sous les apparences du pain et du vin dans l'Eucharistie. Sa foi vive et pénétrante était habituée à ne point s'arrêter aux formes extérieures de cette divine parole, mais à en savourer le fond et la substance comme dans une sorte de communion réelle avec Jésus-Christ.
Dans son zèle ardent à la propager, on la vit quelquefois ne pas craindre de se joindre aux prédicateurs et de les accompagner dans l'exercice de leur ministère. Elle s’ingéniait alors à faire parler son cœur par leur bouche, s'il est permis de parler ainsi, et à attirer sur eux les bénédictions du ciel,
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Il lui arrivait même, dit-on, d'exciter leur zèle par des paroles si ardentes, qu'ils en étaient tout embrasés, Mais c'était surtout dans les moments d'épreuves qu'elle savait les encourager et les soutenir, Aussi était-elle en bien des circonstances la coopératrice de leur apostolat, et nous ne doutons pas qu'elle n'ait conquis dès lors un grand nombre d'âmes à Jésus-Christ,
Mais ce qui n'était pas moins admirable que sa vive et profonde dévotion envers la parole sainte, c'était son ardeur à suivre assidûment les offices et cérémonies de l'Église, et son intelligence à en pénétrer le sens. On aimait à la voir arriver à l’église avant tout le monde, et choisir une place d'où elle pût tout voir et tout entendre, Cet exemple ne saurait être trop recommandé,
Les hérétiques, qui de tout temps se sont efforcés de dénigrer nos cérémonies religieuses et même de les abolir, ont porté par là une grave atteinte à la religion et à la piété des fidèles. Les prières liturgiques et les cérémonies qui les aceompagnent sont, en eflet, dans l'ordre religieux, comme de seconds mystères qui renferment des vérités sublimes cachées sous la forme extérieure du culte, une sorte de prédication permanente et comme un sacrement mystique destiné, lui aussi, en une certaine mesure, à nous communiquer la grâce. Si les premiers mystères que la foi nous enseigne sont les bases et les fondements de la religion, ceux-ci en sont les ornements qui, par leur éclat extérieur,