DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
Dieu! à mon grand Amour! je fais vœu de croire tout ce qui a été dit de vous et tout ce que la créature si faible ne peut dire de vous. Or tout cela a mis dans mon âme un extrême désir de la vie apostolique. Il me semblait qu'avec tout ce que Dieu communiquait à mon cœur de lumière et de force, j'étais capable de convertir tous ceux qui ne le connaissaient pas et ne l’aimaient pas. Lorsque je fis mes exercices spirituels, je me trouvai toute honteuse d'avoir à rendre compte de ces sentiments, qui ne me paraissaient convenir ni à mon sexe ni à ma condition. Je n'avais pas entendu parler encore de la Mission, et cependant mon esprit était déjà par désir dans ces terres étrangères. Il y a plus de dix ans, ainsi que je vous l’ai dit dans ma dernière lettre, que je souhaite et envisage cette grande chose, Mais mon désir s’est accru depuis que j'ai entendu dire qu'il pourrait y avoir quelque moyen de l'exécuter. La lecture de la relation qui nous a été envoyée par le Père Poncet a excité encore mon désir et mon courage. Il me serait impossible de vous dire les communications intérieures que j'ai continuellement avec mon cher Époux sur ce sujet. Il me fait voir cette entreprise comme la plus grande, la plus glorieuse et la plus heureuse de toutes les fonctions de la vie chrétienne. Aucune créature n’est digne de cet emploi, ni ne peut le mériter. C’est son amour qui choisit tout à fait gratuitement ceux auxquels il le destine. Pour moi, j'y vois tant de charmes, que mon cœur en est ravi, et il me semble que je donnerais volon-
tiers mille vies, si je les avais, pour acquérir la possession d'un si grand bien. Mais je me sens aussi si pauvre, si abjecte, si éloignée des conditions nécessaires pour gagner les bonnes grâces de Celui qui seul peut me le procurer, que je me sens pressée de lui dire : O mon Jésus, vous connaissez tous mes défauts. Je suis la créature la plus digne de mépris qui soit sur la terre; mais, mon cher Amour, vous êtes tout-puissant pour me donner ce que vous me faites si ardemment désirer. Alors je me sens dans une paix que je ne puis exprimer, et mon esprit s'occupe à contempler ces âmes qui n'aiment point Celui qui est infiniment aimable. J'ai souvent présent à la mémoire ce passage de saint Paul, où il est dit que Jésus-Christ est mort pour tous; et je vois avec une extréme douleur que tous ne vivent pas encore, et que tant d’âmes sont plongées dans la mort. J'ai aussi de la confusion de penser que je puis contribuer à leur procurer la vie, et même d’oser aspirer à le faire, Je demande pardon de ma témérité, mais je ne puis retirer ma vue de ces chères âmes, ni abandonner un désir qui me suit partout. Quelquefois, dans la crainte que ces désirs ne soient chez moi que des impétuosités naturelles, ou bien que mon amour-propre ne se veuille contenter en cela, j'envisage tous les périls tant de la mer que du pays que je pourrai courir, les travaux qui m'incomberaient, le danger qu'il y a d’habiter avec des barbares, celui de mourir de faim ou de froid, d’être prise par les sauvages, enfin tout ce qui peut se rencontrer de
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