‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 153 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII

plus affreux et d'épouvantable dans l'exécution d'un tel dessein. Toutes ces considérations si effrayantes ne produisent aucun changement dans mes dispositions intérieures. Tout au contraire, je sens un instinct intérieur qui me dit que Notre-Seigneur donnera aux âmes qui s'exposeront ainsi pour sa gloire la plénitude de son esprit, et que ce ne sera point en elles-mêmes, mais en lui qu’elles opéreront et viendront à bout de leur entreprise. Tout cela me fait poursuivre mes importunités auprès de mon Bien- Aimé, à qui je tâche de gagner le cœur. Mais je me demande ensuite si je ne suis pas comme cette mère dont il est parlé dans le saint Évangile, qui demandait à Jésus les deux premières places de son royaume, et à qui il fut répondu : Vous ne savez pas ce que vous demandez. C'est pourquoi j'ai recours

alors à ma prière ordinaire, qui consiste à demander

à Dieu de ne pas m'accorder ce que je lui demande,

si cela est contraire à ce qu’il m’a destiné lui-même de toute éternité.

« Quoi qu'il en soit, mon Révérend Père, qu'heureuses sont les âmes sur lesquelles tombera ce bienheureux sort! Quelles qu’elles soient, je bénirai éternellement Dieu de les avoir choisies, et je dirai que si le choix divin n’est pas tombé sur moi, ce n’est pas que Dieu, mon cher Maître, n'ait pas d'amour pour moi, mais que c’est moi qui me suis rendue indigne de cette grande miséricorde.

« Je dois aussi vous dire que depuis le jour où j'ai commencé à avoir ces ardents désirs, ils n'ont pas

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cessé un seul moment de me poursuivre. Mais je découvre, au contraire, chaque jour dans mon projet de nouvelles beautés qui me le font chérir encore davantage. Aidez-moi donc, mon Révérend Père, afin que je meure en servant Celui qui me fait tant de miséricordes. Si vous saviez la force de mon désir, vous auriez certainement compassion de moi, et je suis assurée que vous ne me refuserez pas votre assistance. Plût à Dieu que vous puissiez lire dans mon intérieur, car il m'est impossible de dire tout ce que je pense. J’ose seulement vous dire que je crois très fortement que Dieu veut cela de moi. Mes oraisons continuelles seront à ce projet, car je ne veux rien que la volonté de sa divine Majesté, à laquelle je veux que tous mes désirs soient soumis et suborconnés !. »

Peu de jours après, la Mère de l’Incarnation écrivit encore à son ancien directeur pour lui renouveler ses demandes. Elle lui disait qu’une lettre de la supérieure du monastère de Tours accompagnait la sienne, et qu'elle était toujours et plus que jamais toute languissante en attendant « l’accomplissement de ce que son cher Époux lui avait ordonné ». Elle ajoutait en finissant : « Vous m'avez conduite à Dieu lorsque j'étais encore dans le siècle, vous m'avez donnée à lui dans la vie religieuse. Pour l’amour de lui-même encore, conduisez-moi au bien que je vois comme le plus grand de tous les biens. »

1 Lettre du mois d'avril 1635.

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