DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
lité, d'abnégation, de dévouement et de sacrifice, la future apôtre du Canada s’abandonne à Dieu pour l’accomplissement d'une œuvre si glorieuse, sans doute, mais aussi si périlleuse et si pénible à la nature; et l'on ne sera pas étonné de la réponse du Père dom Raymond de Saint-Bernard.
Ce saint et savant religieux répondit, en effet, en donnant sa pleine et complète approbation au grand projet qui lui avait été soumis. Il promettait même de faire tous ses efforts pour en favoriser l'exécution. Mais il ajoutait qu’il ne pouvait songer à emmener avec lui sa généreuse émule dans la carrière apostolique, puisqu'il était déjà à la veille de son départ.
La mission des religieuses dans les pays infidèles était, du reste, alors toute nouvelle. On n’en avait jamais vu aucun exemple, et l’on ne pouvait se rendre un compte exact des vrais moyens qu'il y aurait à prendre pour la faire réussir. Aussi le Père dom Raymond déclarait fort sagement, qu'après avoir lui-même examiné le pays, les habitants, les mœurs, les usages, tout ce qui concerne une installation matérielle, il en transmettrait à la Mère de l’Incarnation une relation détaillée, avec ses conseils pour l'exécution d’un tel projet.
Mais, une fois l'approbation donnée à sa mission, comment cette âme ardente eût-elle pu s'accommoder de tant de retards ? « Quoi! mon Père, vous partez, lui écrivait-elle, et vous partez sans nous! Celui qui donna la ferveur à saint Laurent martyr, nous en
donnera à nous aussi dans sa grande miséricorde, pour vous dire ce qu'il disait à son père saint Xyste, lorsqu'on le conduisait au martyre: Où allezvous, mon père, sans vos filles ? Avez-vous peur qu’elles souffrent ce que vous allez souffrir ? Je sais que vous ne trouverez point de lieu préparé pour vous recevoir en cette terre lointaine, Mais c'est justement ce qui est glorieux, et vous voulez nous priver de cette gloire ! Vous dites que vous nous donnerez avis de l’état des choses ; pour moi je sais qu'en quelque temps que nous y allions, nous n’y trouverons que des incommodités. Et pourquoi donc différer plus longtemps de nous perdre entre les bras de la divine Providence? J’estime et je chéris cet abandon par-dessus tout ce qu'il y a de plus éminent sous le ciel, et je vois tout au-dessous. Si vous nous laissez, qui nous facilitera les moyens du départ ? À qui faudra-t-il nous adresser ? Comment aurons-nous des obédiences ? et par quelle autorité? Vous avez encore un mois durant lequel il vous sera facile de résoudre tout cela. Poussez donc l'affaire, pour l’amour de Dieu ! Je crois que vous en viendrez aisément à bout, si vous l’entreprenez. Veuillez considérer aussi que, quand vous serez parti, il nous sera très difficile d’avoir de vos nouvelles, Et puis voici la meilleure saison pour faire ce voyage; car, comme le pays est très mauvais, ainsi que le témoigne la relation, il serait bon d'en prendre les habitudes avant l'hiver. Je ne sais pourtant de quel côté nous irons, ou à Québec ou ailleurs; mais en
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