‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 157 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII

quelque lieu que ce soit, je regarde cet aimable pays comme mon paradis terrestre, où il me semble que la plénitude des grâces du Saint-Esprit nous attend'!. »

Le Père dom Raymond de Saint-Bernard eût bien voulu satisfaire les ardents désirs de son ancienne fille spirituelle. Il s’efforça même de gagner à ses desseins un homme fort pieux et fort riche de sa connaissance, qui aurait pu se charger de la fondation d’un monastère d’Ursulines au Canada; mais, pour des motifs que nous ignorons, il ne put y réussir.

En apprenant à notre vénérée Mère l’insuccès de ses efforts, le zélé religieux, voulant atténuer autant que possible le chagrin que cette nouvelle devait lui causer, lui adressait quelques petites plaintes aimables sur ce qu'il appelait « son trop grand amour d'elle-même, qui la portait, disait-il, à penser trop à ses propres intérêts, au préjudice de ceux d'autrui, car elle l’exposait lui-même à perdre sa

vocation en voulant trop se servir de lui pour faire réussir la sienne ». Puis, répondant à l'exemple de saint Xyste que notre Mère lui avait allégué, il ajoutait que, « de même que saint Xyste passa outre sans avoir égard aux plaintes de saint Laurent, il était décidé lui aussi de passer sans l'écouter davantage ». On pense bien que l’ardente Ursuline ne se tint pour pas battue, en recevant cette lettre. Elle prit

1 Lettre du 19 avril 1635.

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aussitôt la plume. « Vous me martyrisez, répondit-elle à son ancien directeur, quand vous dites qu’il nous faut différer et que vous êtes décidé à partir sans nous. Avons-nous donc tant de chose à disposer, que nous ne puissions le faire avant le départ de la flotte? Je crois que vous voulez nous laisser entièrement à la Providence, sans que nous

devions faire d'autre recherche. S'il en est ainsi, jagrée votre procédé, mais je réponds à votre lettre. Je vous parle en toute candeur, et sans rechercher mon propre intérêt. Après avoir prié et m'être entretenue avec Dieu, je me sens portée sans que je puisse m'en empêcher à vous supplier très humblement de nous attendre, si tant est que nous ne puissions d'aucune manière partir par cette prochaine flotte. Et ne craignez pas de hasarder votre vocation, en attendant un peu pour faire une œuvre de charité; autrement nous n’aurions plus de dom Raymond pour nous aider, et tout autre qui ne serait pas embrasé du même désir ne prendrait pas l'affaire si à cœur, et c'est en ce cas que notre vocation serait en hasard plutôt que'la vôtre. Ce n’est donc pas rechercher nos propres intérêts que de recourir à ceux que Dieu a mis en ce monde pour nous aider. Combien pensez-vous que je chérisse votre vocation? Je n'en puis assez louer Dieu, qui sait que j'aimerais mieux mourir plutôt que d’être la cause de sa perte pour un retard inutile, Mais je vous le répète, à l'heure où je vous écris, je me sens encore poussée de vous prier de hâter l'affaire, et pour

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