‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 158 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE ‘III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE ‘III

vous et pour nous. Ce n’est pas que nous ayons la présomption de pouvoir vous apporter quelque soulagement dans vos travaux, mais nous voulons profiter de vos exemples pour animer et soutenir notre courage. Il est possible que l’aimable Jésus veuille tirer sa gloire des choses basses, viles et misérables, je veux dire de nous autres pauvres religieuses. Mais ne seriez-vous pas bien aise que ces paroles, qui sont de saint Paul, soient accomplies en nous? La divine Majesté en a bien fait d’autres, et, pour moi, je suis pleine d’espérance et je crois que nous recevrons des grâces surabondantes. Nous nous voyons comme ces petits moucherons, mais nous nous sentons assez de cœur pour voler avec les aigles du Roi des saints, si nous pouvons les suivre, car ces aigles nous porteront sur leurs ailes, comme elles portent leurs petits. » | Quant à l'exemple de saint Xyste, qui passa outre, allant au martyre, malgré les intentions de saint Laurent : «Il est vrai, répondit-elle, que saint Xyste passa outre laissant saint Laurent à l'écart; mais il ne le devança que de trois jours, après lesquels il fut facile au fils de suivre son père. Le champ lui était ouvert pour satisfaire son désir, mais nous ne l'avons pas, et, si vous faites tant, il y a danger qu'une année ne soit trop longue; il avait des trésors à distribuer, et nous n'en avons point; mais plutôt nous sommes les pauvres de Jésus-Christ, et c'est à nous de recevoir la charité de vous-mêmes. »

Le Père dom Raymond voulut encore alléguer, à

l'appui de ses conseils de modération et de patience, l'exemple de saint Pierre, qui à cause de sa présomption « était tombé dans un abîme où il courut risque de se perdre ».

Mais cette Mère, dont l'humilité était égale à la confiance en son divin Époux, lui fit aussitôt cette réponse : « J'étais étonnée que vous ne m'ayez point encore parlé de saint Pierre. » Puis elle ajoutait : « Je vous avoue, mon révérend Père, que la défiance que j'ai de moi-même, jointe à l'expérience de mes propres faiblesses, me fait souvent appréhender ce que vous me dites. Je m'efforce d'entrer pleinement dans les dispositions que vous m'indiquez, m'abandonnant sans réserve entre les mains de Dieu, qui peut me remplir de son esprit de force et apaiser l’impétuosité naturelle du mien, avec lequel je ne prétends point agir. Au reste, ajoutait-elle, je connais trop votre charité pour croire que vous ne faites pas plus pour nous que vous ne le dites. Hâtez-vous donc, mon révérend Père; nos cœurs seront tout brûlés avant que nous ne soyons en Canada, si vous n’y prenez garde. Ne nous condamnez pas non plus, si nous semblons si impétueuses, et cela sans motif, comme vous le dites, car il y a, au contraire, pour cela bien des raisons. Au reste, si nous sommes si pressées, vous ne sauriez nous condamner sans condamner aussi Celui qui m’apprend qu'il n'y a que les violents qui ravissent le ciel. Nous attendons de vos nouvelles par la poste, le messager tarde trop. »

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