DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VIII
grands rochers qui s'élèvent sur les côtes de la France et qui semblent défier les fureurs de l'Océan, elle dominait toutes les tempêtes et tous les orages.
Dans une nouvelle lettre écrite le 13 mai 1635, au Père Raymond, pour le consoler et le soutenir: « Il est certain, disait-elle, que vous et moi souffrons persécution; mais, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Le bien auquel nous aspirons ne mérite-t-il pas d'être acheté à grand prix ? Prenons courage, mon bon Père; l'amour du grand Jésus combattra pour nous, qui ne voulons que travailler pour lui. S'il nous veut dans la Nouvelle-France, ses desseins s’accompliront, malgré tous les efforts des créatures. Quand je considère les œuvres admirables de notre divin Maitre, toutes ces bourrasques ne me semblent rien. Il est plus fort que tous les hommes réunis ensemble, et c’est lui qui commande aux vents et aux tempêtes. »
Et dans une autre lettre datée du 29 juillet de cette même année : « Peut-être, disait-elle, que son amour veut tous ces accidents pour éprouver nos courages. Mais, mon cher Père, j’entre fort dans vos sentiments d'espérer contre l'espérance; et ,sans mentir, mon cœur n'est point ébranlé, et il me serait impossible de me défier de mon Jésus. Toutes ces nouvelles alarmes m'ont été de nouveaux aiguillons pour me faire rentrer dans sa faveur, et il me semble que j'ai maintenant beaucoup d'affaires à traiter avec mon Époux. Si j'avais beaucoup d'amour, je lui aurais bientôt gagné le cœur; mais, quoique indi-
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gente, je m'en vais faire tous mes efforts, et peutêtre ne me rebutera-t-il pas, puisqu'il se plaît à l'importunité. »
Cependant la nouvelle des saintes ardeurs dont notre Mère de l’Incarnation était animée pour la conversion de la Nouvelle-France avait déjà franchi les mers. Les révérends Pères Jésuites, qui dirigeaient alors avec tant de zèle, d'intelligence et de sainteté cette mission lointaine, l'accueillirent avec bonh--r. Pour bien des raisons, le concours de religieuses sûres, dévouées, capables, leur paraissait utile et souvent nécessaire. Aussi les RR. PP. Garnier et Chastelain, tous deux de la Compagnie de Jésus, dont l’un, le Père Garnier, devait un jour sceller son apostolat par le plus glorieux martyre, et plusieurs de leurs saints compagnons, lui écrivirent-ils plusieurs lettres pour la féliciter de sa vocation apostolique, et lui promettre de la seconder de tous leurs efforts.
Avec quel respect cette âme généreuse recevait ces lettres, qui lui semblaient venir du ciel! Elle les baisait avec amour et les arrosait de ses larmes. Elle eût voulu pouvoir voler au-dessus de l'Océan, pour se rendre sans retard à l’appel de ces hommes de Dieu.
Ceux-ci, de leur côté, ne cessaient de réitérer leurs appels. Depuis longtemps le R. P. Lejeune, supérieur des Missions de la Nouvelle-France, cherchait à se procurer des religieuses solidement vertueuses pour l'instruction des petites filles sauvages