DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX
tion de cette lettre, et ne sut d’abord que répondre. Il avait fait le vœu de chasteté, et n’avait nullement cherché à le tenir secret. Ce vœu était la principale cause de ses perplexités ; car il craignait de scandaliser ceux de ses amis qui en étaient instruits, et qui ne pouvaient connaître les conditions de son union avec M”° de la Peltrie. Mais l'immense bien qui devait en résulter balançait les raisons qui le faisaient reculer. Enfin, après avoir longtemps imploré les lumières du ciel, il remit toute l'affaire entre les mains de son directeur et de quelques amis intimes. Tous, d’un commun accord, lui déclarèrent que la gloire de Dieu y était intéressée, et qu'il devait accepter. Il écrivit alors à un de ses amis, M. de la Bourbonnière, le priant d’aller demander de sa part, à M. de Chauvigny, la main de M"° de la Peltrie. A cette proposition, l’heureux père ne se posséda plus de joie, et vola auprès de sa fille, qui naturellement accepta ‘sans difficulté. Mais M. de Bernières, toujours poursuivi par l'idée de la singularité de cette démarche, retomba dans ses anciennes perplexités. M. de Chauvigny finit par croire que les avances qu'il avait faites n'auraient pas de suites.
Il alla donc un jour trouver sa fille, et lui déclara
qu’il fallait, ou que M. de Bernières se décidât à
l'épouser, ou qu’elle signât un papier qui la déshéri-
tait de la plus grande partie de ses biens. M"° de la Peltrie parvint à calmer ses inquiétudes. Mais, afin d'éviter de nouvelles scènes à l’avenir, elle écrivit à M. de Bernières pour lui demander une
entrevue à Alençon. Il s’y rendit, et ils délibérèrent ensemble, en présence de leurs amis, sur la décision qu'il fallait prendre. Après un mûr examen, l'idée d’un mariage fut abandonnée ; car elle entraînait de graves inconvénients, les héritiers de M"° de la Peltrie pouvant plus tard inquiéter ceux de M. de Bernières. Il fut donc convenu qu'ils agiraient à l’ertérieur comme s'ils étaient mariés. La chose était an à cette époque ; et il n’était pas rare que, pour »: : ser certains intérêts ou certaines susceptibilités de famille, on eût recours à un mariage secict. c’est-* dire célébré seulement en présence du curé et de eu témoins. Il était donc facile à M. de Bernières et à M"° de la Peltrie de faire croire qu'ils étaient mariés; ils n’avaient pour cela qu'à paraître ensemble dans leurs familles et chez leurs amis.
« Sur ces entrefaites, une nouvelle épreuve vint fondre sur notre courageuse héroïne. M. de Chauvigny, déjà avancé en âge et depuis longtemps tourmenté par la goutte, mourut subitement, emportant dans la tombe l'espoir d’avoir trouvé pour sa sa fille un époux digne de soutenir l’honneur de son nom. M°° de la Peltrie fut profondément affligée de cette mort, quoique M. de Chauvigny eût bien souvent soumis sa piété filiale à de cruels assauts. Mais la Providence voulut elle-même dénouer cette entrave. Assez d’autres, du reste, devaient encore se soulever sous ses pas. Sa famille, témoin des grandes libéralités qu’elle faisait aux pauvres et aux
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