DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX
églises, lui contesta le droit d’entrer en partage de la succession paternelle, et tenta même de la faire interdire, sous prétexte qu’elle était incapable d’administrer sa fortune. Le présidial de Caen avait même déjà prononcé une sentence favorable à ses parents; mais elle en appela au parlement de Normandie, Elle faillit encore perdre ce second procès, pour avoir refusé, par une excessive délicatesse de conscience, de prêter un serment juste et licite. Mais les saints ont des ressources que les autres hommes ne connaissent pas. Elle eut recours à l’intercession de saint Joseph, son refuge ordinaire dans toutes les circonstances difficiles, et elle renouvela le vœu qu'elle avait déjà fait d’aller établir en Canada une fondation destinée à l'instruction des jeunes filles sauvages. Son espoir ne fut pas trompé; car, contre l'attente générale, la sentence du parlement décida en sa faveur.
« Cependant le bruit s’était répandu qu’elle était mariée avec M. de Bernières ; et comme ils étaient tous deux très avancés dans la perfection, ce mariage étonna tout le monde, et leur attira les plus amères railleries. M”° de la Peltrie ne répondait à ces attaques que par un doux sourire, disant avec modestie qu’elle n’avait fait que suivre la volonté de Dieu.
« Une telle conduite peut encore aujourd’hui paraître étrange à bien des personnes; mais, outre que l'avenir fit bien voir que c’était une inspiration du ciel, nous pouvons répondre, avec un savant et pieux
auteur‘, que nous ne devons point juger ceux que Dieu se charge lui-même de conduire. C’est ici, ajoute-t-il, qu'il faut se rappeler cette parole de saint Paul, que l’homme spirituel n’est jugé par personne. Dieu se plaît quelquefois à mener les grandes âmes par des voies extraordinaires, qui déconcertent nos courtes vues et choquent notre faible raison ; mais il serait téméraire de les blâmer parce qu'on n'entrevoit pas tout le dessein de Dieu sur elles. M”° de la Peltrie et M. de Bernières avaient d'ailleurs pris toutes les précautions que conseille la prudence chrétienne, pour s'assurer que leur conduite était agréable à Dieu; et ce n’est qu'après avoir consulté des hommes sages, pieux et expérimentés qu'ils se décidèrent à agir contre les règles communes : d'autant plus que les mœurs et les usages de l'époque où ils vivaient rendaient cette conduite beaucoup moins singulière qu'elle ne le serait aujourd’hui.
« Au reste, l’orage que cette démarche avait suscité dans le monde ne tarda pas à se dissiper, et M":° de la Peltrie ne songea plus qu'à se rendre à Paris, afin de s’occuper activement de sa fondation?. »
L'arrivée de la pieuse dame dans la capitale fut l’occasion de nouvelles entraves que le démon mit encore à la réalisation de son grand projet. Personne à Paris ne le connaissait encore sans doute, sauf un
1 Charles Sainte-Foi, auteur d'une courte esquisse de la vié de Mae de la Peltrie, d'où nous avons tiré une partie de cette notice.
2 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l’Incarnation, Ile partie, ch. vn. L
que ici, de par les qui otre imer Dieu aient Ile la conavoir 1entés unes :
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