‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 167 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX

vieux serviteur qu'elle avait amené avec elle, et en qui elle avait une pleine confiance. Mais la fureur de ses parents contre elle était si forte, que quelquesuns d’entre eux, plus particulièrement jaloux du succès qu'elle venait de remporter devant le parlement de Normandie, ne songèrent à rien moins qu’à la faire enlever. Ce projet ne fut pas mis à exécution, il est vrai; mais on s’en dédommagea en répandant dans le public mille bruits étranges, au sujet de ses projets de mariage avec M. de Bernières.

Ce fut à tel point, que durant les premiers jours de son séjour à Paris elle fut obligée, pour éviter les pièges qu'on lui tendait et les quolibets de certaines gens du monde, de se travestir lorsqu'elle sortait de sa demeure. Mais l’arrivée de M. de Bernières vint bientôt mettre un terme à tous ces ennuis, car on n’eut plus dès lors le moindre doute que les projets de mariage dont on avait tant parlé n’eussent été réalisés. Ils habitaient, en effet, l’un et l'autre dans la même maison, faisaient ensemble leurs visites auprès de leurs parents et amis ; en un mot, tout dans leur conduite extérieure était de nature à donner le change sur leur véritable situation. Aussi tous les bavardages s’apaisèrent peu à peu, et les deux serviteurs de Dieu purent travailler en paix à la réalisation de leurs projets apostoliques pour le Canada.

M"° de la Peltrie voulut profiter de sa présence à Paris pour faire examiner à fond sa vocation par plusieurs saints personnages qui vivaient à cette

époque et obtenir leur approbation. Elle s’adressa, à cet effet, à l’illustre Père de Coudren, supérieur général de l’Oratoire, et à celui qu'on appelait alors Monsieur Vincent, supérieur de Saint-Lazare, l'arbitre de toutes les grandes causes religieuses de son temps, et qui est devenu une des plus pures gloires de l’Église et de la France, sous le nom de saint Vincent de Paul. Tous les deux, après avoir examiné cette vocation, alors si extraordinaire, l’approuvèrent et la bénirent, et ce n’est pas d’un médiocre intérêt pour l’histoire de voir l’illustre fondateur des filles de la Charité appelé à bénir en la personne de M"° de la Peltrie, et bientôt aussi en la personne de notre vénérée Mère, ainsi que nous le verrons plus loin, les débuts de la mission de la religieuse et de la femme française dans les pays infidèles.

M. de Bernières, très puissamment encouragé luimême par de si saintes et si hautes approbations, se dévoua de son côté, avec plus de zèle encore, à l’œuvre qu’il avait entreprise. Sa première préoccupation était de trouver des religieuses capables de comprendre l’idée tout apostolique de M"° de la Peltrie et de la réaliser. La Providence voulut qu'il s’adressât au Père Poncet, jésuite, qui à ce moment se disposait lui-même à partir pour le Canada. Ce digne et saint religieux, dont nous avons déjà parlé, ne fut point embarrassé pour répondre à ces avances, Il déclara à M. de Bernières qu'il connaissait depuis longtemps une religieuse que Dieu préparait manifestement, depuis de longues années, à l’accomplissement de cette

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