DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX
grande mission, et il nomma la Mère Marie de l’Incarnation.
M. de Bernières ne la connaissait pas encore, et même n'en avait pas entendu parler. Mais le témoignage du Père Poncet en sa faveur était si net et si formel, et en même temps si complètement satisfaisant sous tous les rapports, qu'il n’hésita pas à y reconnaître le signe évident de la volonté de Dieu. Il en parla à plusieurs autres Pères jésuites, notamment au Père Dinet et au Père de la Haye, qui furent heureux de confirmer le témoignage de leur pieux confrère, et déclarèrent que la Mère Marie de l’'Incarnation était vraiment l’élue de la Providence. Il fut aussitôt convenu qu'on annoncerait sans retard cette heureuse nouvelle à M”° la supérieure des Ursulines de Tours, et ce fut le Père Poncet qui se chargea lui-même de cette mission, en attendant que M"° de la Peltrie pût écrire de son côté.
Quel ne fut pas l’étonnement, mélé d’admiration et de reconnaissance, de la révérende Mère Marie de Saint-Bernard, supérieure du monastère de Tours, en apprenant les événements providentiels qui se passaient à Paris! Huit ans auparavant elle ouvrait les portes du cloître à la Mère de l’Incarnation, et c'était elle qui allait être appelée à les lui ouvrir encore, pour l'envoyer au delà des mers évangéliser le nouveau monde. Elle se hâta d’aller communiquer la lettre du Père Poncet à notre Mère Marie de l’Incarnation, qui était en ce moment
en prière dans sa cellule, humblement proster: née devant Dieu. Sans lui donner le temps de se relever, elle se jeta à genoux, elle aussi, et toutes les deux confondirent un instant leurs prières, Puis la Supérieure, lui montrant la lettre qu’elle venait de recevoir, lui annonça la grande nouvelle, La réponse de notre Mère de l’Incarnation, en cette circonstance solennelle, fut simple et sublime ; elle rappelle celle que fit l’auguste Mère de Dieu au messager céleste qui vint lui annoncer la naissance de Jésus : « Me voilà, Seigneur, dit-elle; je suis prête, envoyez-moi où il vous plaira. »
La révérende Mère supérieure lui dit alors de vouloir bien répondre elle-même tout de suite au Père Poncet et d'écrire à M"° de la Peltrie. Nous n'avons pas la réponse qu'elle adressa au Père Poncet; mais nous possédons la lettre qu'elle écrivit à M"° de la Peltrie, C’est un précieux monument de charité, de reconnaissance et de zèle, qu'on ne lira pas sans émotion. La voici tout entière; elle est datée du 2 novembre 1638.
« Madame,
« Béni soit le grand Jésus, de qui les desseins et les aimables providences sont toujours adorables, et surtout dans le temps de leurs succès. Le R. P. Pon- eet, extrêmement zélé pour tout ce qui regarde la gloire de Dieu, nous ayant informé de votre généreux dessein, a fait dilater mon cœur par ses épan-
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