‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 169 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX

chements de bénédictions et de louanges à sa divine bonté, à cause des admirables moyens dont elle se sert pour se former des sujets dignes d’être les instruments de sa gloire.

« Quoi ! Madame, notre divin Maître vous veutil introduire dans le paradis terrestre de la Nouvelle- France? Serez-vous assez heureuse d'y aller brûler de ses flammes saintes et divines? Il est vrai qu'il y a des glaçons, des ronces, des épines; mais le feu du Saint-Esprit a un souverain pouvoir pour consumer tout cela et même pour fendre les rochers.

« Ce feu divin est l'esprit qui anime et fortifie les âmes saintes, qui les fait passer par les plus grands travaux, se mépriser elles-mêmes et prodiguer leurs biens et leurs vies pour la conquête des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ. Ah! ma chère dame, chère épouse de mon divin Maître, vous trouvant, j'ai trouvé celle qui l’aime avec vérité, puisqu'il n'y a point de plus grand amour que de se donner soi-même et tout ce qu'on a pour son Bien-Aimé. Et puisqu'il a plu à sa miséricorde de me donner les mêmes sentiments, il me semble que mon cœur est dans le vôtre, et que tous deux ensemble ne font qu'un dans celui de Jésus, au milieu de ces régions vastes et en quelque sorte infinies, dans lesquelles nous embrassons toutes les petites sauvages, leur enseignant comme il faut aimer Celui qui est infiniment aimable. Voulez-vous donc bien, Madame, me faire cette grâce et à celle de mes compagnes que

Dieu voudra choisir, de nous mener avec vous et de nous lier à votre généreux dessein ? Il y a cinq ans que j'attends l'occasion d'obéir aux attraits puissants que me donne le Saint-Esprit, et, à ne point mentir, je crois que vous êtes celle de qui sa divine Majesté veut se servir pour nous faire jouir de ce bien. Ah! si je pouvais vous posséder ici pour vous ouvrir

mon cœur et me réjouir avec vous de ce haut dessein ! Je m’assure, ma chère dame, que notre bon Jésus l’aurait très agréable et qu'il vous récompenserait de la peine que vous prendriez de faire un voyage de soixante lieues. Mais que dis-je? Puisque vous voulez en faire mille par des passages dangereux, soixante seront peu au regard de votre amour. Je vous en ose conjurer par le même amour qui brûle votre cœur, et, s’il vous plaît nous donner cette consolation, je vous puis assurer que vous trouverez

des âmes qui vous aiment tendrement, et qui vous recevront comme leur étant envoyée de la part de leur céleste Époux; et moi qui suis la plus indigne de toutes, j'ose encore vous demander la participation de vos saintes prières et la grâce de me dire dans la liaison du Saint-Esprit indissolublement vôtre, »

Ces accents si émus et si touchants n'étaient point, il est vrai, nécessaires pour gagner le cœur de la digne et sainte veuve. Déjà sa résolution était prise, et, malgré les quelques efforts que l'on avait faits pour l'ébranler, elle était demeurée irrévocable, Mais

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