DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX
la lecture de cette lettre la confirma puissamment dans le choix qu'elle avait fait.
Son plus grand désir eût été de répondre immédiatement à l'invitation pressante de la Mère Marie de l’Incarnation, et d’aller à Tours embrasser celle qui allait devenir la compagne de son apostolat. Mais elle fut retenue encore à Paris par un incident fort inattendu. Le Père Lallemand, de la Compagnie de Jésus, avait bien voulu se charger de s’entendre avec messieurs les membres de la Compagnie des Cent-Associés qui étaient seuls chargés, à cette époque, des transports dans la Nouvelle- France, pour le passage à bord d’un de leurs navires de M”° de la Peltrie. Mais quand ils apprirent qu’outre cette pieuse dame ils auraient aussi à transporter plusieurs religieuses, ils vinrent la trouver à Paris et lui déclarèrent que son passage et celui des religieuses ne pouvait s'effectuer par la prochaine flotte, attendu que tous les navires qui devaient la composer étaient déjà au complet.
Cette nouvelle difficulté, pas plus que les autres, ne déconcerta l'intrépide et courageuse dame. Comprenant toutefois qu’elle ne pourrait la surmonter avec le seul concours du R. P. Lallemand, elle demanda qu’on voulût bien constituer une assemblée de plusieurs personnes notables pour l'assister de leurs conseils, ce qui, dans les circonstances graves, était d'ailleurs fort en usage au xvn° siècle, Les associés de la Nouvelle-France y consentirent, et la réunion eut lieu chez M. Fouquet, conseiller d'État.
Étaient présents, outre M. Fouquet et M"° de la Peltrie, ainsi que les associés de la Nouvelle-France, les RR. PP. Dinet, de la Haye, Lallemand, jésuites, et le commandeur de Sillery.
: Après une longue discussion, la pieuse veuve voyant qu'on ne pouvait parvenir à s'entendre, et que son départ risquait fort d’être renvoyé à l’année suivante, prit la parole et déclara que puisqu'elle ne pouvait faire la traversée de l'Océan avec ses compagnes à bord d’un des navires ordinaires de la Compagnie, elle se décidait à fréter un autre navire de cette même Compagnie à ses propres frais. A cela les associés de la Nouvelle-France n'eurent rien à répondre. Une somme d'argent suffisante pour la préparation de ce nouveau navire fut consignée, séance tenante, entre leurs mains, et le R. P. Lallemand se chargea du soin de surveiller lui-même les préparatifs. Tout semblait ainsi heureusement terminé, lorsqu'une des personnes présentes souleva une difficulté d’un nouveau genre. Puisque M°"° de la Peltrie était décidée à emmener avec elle des religieuses, ne valait-il pas mieux qu'elle s’adressât aux Ursulines du faubourg Saint-Jacques à Paris, plutôt qu’à celles de Tours ? Il y aurait à cela, disait-on, entre autres avantages, celui de pouvoir correspondre plus facilement avec le Canada, Paris étant le centre de toutes les communications. On ajoutait encore que les constitutions des Ursulines de Paris se prêteraient plus facilement à une entreprise de ce genre, puisqu'elles prescrivaient un vœu particulier d'instruire
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