DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IX
les jeunes filles, que les religieuses de Tours ne faisaient pas ; enfin qu'il valait mieux s'adresser à une seule et même congrégation, comme celle de Paris, qu’à diverses congrégations de religieuses Ursulines, dont les habitudes, et la formation religieuse étaient différentes, non moins que le costume lui-même.
Le Père provincial des jésuites paraissait se prononcer assez en faveur de ce sentiment; mais le R. P. de la Haye fut d'un avis contraire, et M"° de la Peltrie termina la discussion en déclarant encore que sa résolution était prise, irrévocable; qu’elle voulait la Mère Marie de l’Incarnation, et qu’elle ne partirait pas sans elle.
C'est ainsi que par son énergie et la fermeté de sa résolution la noble femme maintint une seconde fois sa grande entreprise dans la voie toute providentielle où elle marchait.
L'assemblée réunie chez M. Fouquet, conseiller d'État, fut alors unanime à reconnaître qu'il n’y avait plus de temps à perdre et que M"* de la Peltrie devait immédiatement se rendre à Tours, auprès de M: l'archevêque de cette ville, pour lui demander les permissions nécessaires, et s'entendre définitivement avec la Mère Marie de l’Incarnation.
Toutefois, avant de partir, M"° de la Peltrie crut devoir écrire encore à notre vénérée Mère pour lui soumettre les difficultés qui lui avaient été faites dans la réunion tenue chez M. Fouquet, au sujet des différences de constitutions et de costumes qui existaient entre les diverses congrégations d'Ur-
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sulines de France. La Mère de l'Incarnation lui répondit aussitôt que de semblables considérations « pouvaient faire, sans doute, quelque impression sur l'esprit des personnes du monde, mais ne devaient lui inspirer aucune appréhension pour l'avenir, étant donnés la ferveur et le désintéressement des religieuses, de quelque congrégation qu’elles fussent, qui se voueraient aux missions du Canada; que la charité viendrait bien vite et bien facilement à bout de toutes ces petites difficultés, et que d’ailleurs, quand on serait arrivé au Canada, on verrait ce qu’il y aurait à faire, et qu'il était bien probable qu’on aurait bien des points à modifier aux règles ordinaires de la vie du cloître, pour se prêter plus facilement aux exigences de l’apostolat qu'on allait exercer dans ces régions, et qu’alors on établirait des règles et des coutumes uniformes, qui seraient adoptées par toutes les religieuses de la Mission! ».
Cette réponse si judicieuse satisfit pleinement la pieuse émule de notre Mère de l’Incarnation, qui ne songea plus dès lors qu'à hâter ses derniers préparatifs de départ pour Tours.
1 Dom Claude Martin, addition au ch. xv, p. 363.
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quand Émotion causée au monastère de Tours par la nouvelle de l'arri-
qu’il A4 vée de Mue de la Peltrie. — Cette nouvelle est annoncée à aurait Mer d'Échaux, archevêque de Tours. — Mme de la Peltrie et
; M. de Bernières auprès de l'archevêque. — Mme de la Peltrie
ires de
est solennellement reçue au monastère. — Sa première rencontre nt aux avec la Mère Marie de l'Incarnation. — Sœur Marie de Saint- Bernard. — Difficultés du côté de sa famille, — Mlle Charlotte
r dans Barré. — Tribulations et épreuves intérieures de la Mère Marie gles et de l'Incarnation. — Mur l'archevêque veut voir et bénir ses } filles une dernière fois. — Touchante scène à l'archevêché, — es par Sollicitude paternelle de Mgr l'archevêque pour l'avenir matériel du futur monastère de Québec. — Derniers adieux d'un père à ses enfants. — Le départ du monastère. — Le rendez-vous est nent la au ciel.
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Magnus autem fletus factus est omrs pré- nium; et procumbantes super collum Pauli, osculabantur eum, dolentes maxime in verbo quod dixerat, quoniam amplius faclem ejus non essent visuri. Et deducebant eum ad navem.
Tous répandirent d'abondantes larmes, et, se jetant au cou de Paul, ils le baisaient tendrement, affligés surtout de la parole qu'il leur avait dite, qu'ils ne devaient plus le revoir. Et ils le conduisaient ainsi jusqu'au vaisseau. (Act., xx, 37, 38.)
C'était par une de ces belles journées d'hiver telles qu'on en voit quelquefois dans la Turaine,
L'Église célébrait ce jour-là la fête des fiançailles de la très sainte Vierge. Toute la communauté des Ursulines était réunie au pied d’une statue de saint Joseph qui ornait un petit ermitage construit dans la partie la plus éloignée du jardin du monastère. La révérende Mère supérieure et la Mère Marie de l’Incarnation manquaient seules à ce pieux rendezvous. Mais bientôt on vit apparaître la Supérieure, tenant à la main une lettre. Une vive émotion était peinte sur son visage. Tout le monde comprit qu'elle avait une grande nouvelle à annoncer,
En effet, au bout d’un petit moment de recueillement et de prière devant l'image vénérée du saint patriarche, elle fit part officiellement à toute la Communauté des graves événements qui venaient de se passer à Paris, des intentions de M"° de la Peltrie, du choix qu’elle avait fait de la Mère Marie de l’Incarnation, pour être fondatrice d'un couvent d'Ursulines dans la Nouvelle-France. Puis elle ajouta qu’elle venait d'apprendre que M”° de la Peltrie allait se mettre en route, pour venir à Tours chercher la Mère Marie de l’Incarnation, et choisir elle-même, parmi toutes les religieuses du Monastère qui voudraient bien les accompagner, celle qui lui paraîtrait la plus capable de s'associer avec succès à une si grande entreprise.
A cette grande nouvelle, on accourt aussitôt, on s'empresse auprès de la Mère Marie de l’Incarnation, Chacune veut être la première à la féliciter. Mais notre Vénérée Mère se tenait cachée, pour éviter
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