‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 174 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X

moment les portes du cloître s'ouvrirent, les cloches du monastère sonnèrent à toute volée, et la communauté accompagna à la chapelle, au chant du Veni Creator, la pieuse messagère de la Providence. Prosternée devant le très saint Sacrement, elle l'adora longtemps. Quand elle se releva, elle vit toutes les religieuses agenouillées, formant autour d'elle comme une radieuse couronne de vierges. Tous les cœurs étaient vivement émus, les visages inondés de larmes et comme illuminés d'un feu céleste. On eût dit une nouvelle scène de la Pentecôte. Muette d'émotion, la pieuse dame considérait ces fronts tout rayonnants tournés vers elle, cherchant à découvrir celui que la main divine avait marqué depuis longtemps de son sceau. Mais notre vénérée Mère avait déjà reconnu de son côté cette dame, qui lui avait été montrée autrefois dans une vision prophétique ; et toutes deux se trouvèrent bientôt dans les bras l’une de l’autre, confondant leurs larmes et unissant leur cœur pour toujours.

Cependant le but de la visite de M”° de la Peltrie ne devait être atteint que lorsqu'elle aurait trouvé, parmi toutes les religieuses, celle qui devait accompagner la Mère Marie de l'Incarnation et être comme la seconde colonne de l'édifice qu’elle allait construire au Canada, Pour mieux connaître la volonté de Dieu à cet égard, on résolut, d’après les ordres de MF l’archevêque, de faire exposer le très saint Sacrement dans la chapelle pendant trois jours, durant lesquels chaque religieuse s’examinerait devant

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Dieu, et ferait valoir ses raisons pour ou contre son envoi au Canada. M. de Bernières, quoique simple laïque, fut constitué l'arbitre suprême des vocations, La chose peut paraître fort étrange. Mais telle était là vertu de ce saint homme, le don de discernement des esprits dont il était, disait-on, favorisé, que ce fut avec la plus entière spontanéité que la supérieure des Ursulines, la Mère Marie de l’Incarnation, M"° de la [Peltrie et MF l'archevêque lui-même voulurent s'en rapporter à son jugement et à ses lumières surnaturelles pour une décision aussi grave et aussi importante. Ne pouvant pénétrer dans le cloître, absolument fermé aux hommes, il fut convenu que M. de Bernières se tiendrait au parloir et que les religieuses iraient tour à tour lui exposer leurs sentiments et leurs attraits.

Les choses furent exécutées comme elles avaient été réglées, Le très saint Sacrement ayant été exposé solennellement pendant trois jours, le monastère fut transformé pendant ce temps en un nouveau cénacle. Prières, pénitences, tout fut mis en œuvre pour obtenir que Dieu voulût bien désigner luimême l’élue de son cœur. Toutes les religieuses, après s'être présentées à M”° de la Peltrie, allaient au parloir exposer à M. de Bernières les données principales qui pouvaient lui permettre de ! de leur vocation. La plupart étaient admire es au point de vue de la ferveur et du zèle apostolique, mais à toutes il manquait quelque chose. Chez l'une c'étaient des affaires matérielles non encore réglées

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